Pendant que le débat public s’emballait autour du sort de la philosophie dans les filières scientifiques et techniques, une réforme bien plus large se préparait dans l’ombre.Les documents pédagogiques diffusés le 5 août par le ministère de l’Éducation nationale, en vue de la rentrée 2026/2027, dessinent en réalité un remaniement d’ampleur touchant plusieurs matières fondamentales de l’enseignement secondaire un chantier resté largement ignoré au profit d’une controverse qui n’était, selon plusieurs sources proches du dossier, qu’un arbre cachant la forêt. L’annonce d’une prétendue suppression de la philosophie a occupé l’essentiel des discussions, alimentée par des acteurs du secteur éducatif peu au fait du contenu réel de la circulaire. Or cette matière n’a pas disparu : elle a simplement été déplacée de la troisième vers la deuxième année pour les filières mathématiques et génie civil, où elle figurait déjà auparavant. Un glissement de calendrier, donc, et non une éviction. C’est ailleurs que se niche le véritable bouleversement. Dans ces mêmes filières, des matières secondaires sans lien direct avec la spécialité l’arabe, le tamazight, le français voient leur programme, jusqu’ici étalé sur trois années, comprimé en deux. Concrètement, les élèves des séries mathématiques achèveront désormais leur cursus de langue arabe dès la deuxième année, sans prolongement en terminale. Une comparaison rigoureuse entre les grilles horaires de l’année écoulée et celles de la rentrée prochaine révèle l’ampleur du recentrage. La langue arabe, qui bénéficiait de trois heures hebdomadaires et d’un coefficient 3 dans les filières mathématiques, technique-mathématique rebaptisée génie civil, sciences expérimentales et gestion-économie, voit son volume horaire redistribué dans les deux premières séries selon le schéma évoqué plus haut. Dans les filières sciences expérimentales et gestion-économie, la matière recule à deux heures et un coefficient 2 en terminale, une baisse qui touche également les classes de deuxième année, où l’horaire passe de trois à deux heures dans l’ensemble de ces filières, ainsi qu’en série arts. La géographie n’échappe pas au même sort. Son enseignement est redistribué dans trois filières sciences expérimentales, mathématiques et génie civil tandis que l’histoire conserve son volume de deux heures hebdomadaires. Le français, quant à lui, disparaît totalement en terminale pour les séries sciences expérimentales, gestion-économie, mathématiques et génie civil, son enseignement se limitant désormais aux deux premières années, avec un horaire réduit à deux heures hebdomadaires dans cinq filières : arts, sciences expérimentales, gestion-économie, mathématiques et génie civil. Autre victime discrète de ce réaménagement : l’informatique, purement et simplement retirée de cinq filières langues étrangères, lettres et philosophie, arts, sciences expérimentales et gestion-économie. Son enseignement ne subsistera plus que dans le tronc commun ainsi que dans les filières mathématiques et génie civil. Au final, cette lecture comparée des grilles horaires met en évidence un fait que la polémique sur la philosophie a largement occulté : c’est bien l’architecture globale de l’enseignement des langues et des sciences humaines qui se trouve redessinée, bien au-delà du seul sort d’une discipline devenue, malgré elle, l’arbre qui cache la forêt.
Anais G.
