Depuis une douzaine de jours, l’Algérie vit au rythme des sirènes et des colonnes de fumée. Une vague d’incendies d’une ampleur inédite s’est abattue sur plusieurs wilayas du pays, ravageant forêts, maquis, cultures et vergers, sans que les services de la Protection civile parviennent, malgré des interventions incessantes, à en venir totalement à bout.
Selon le lieutenant-colonel Nassim Bernaoui, sous-directeur de l’information et de la sensibilisation à la Direction générale de la Protection civile, 146 feux ont été recensés sur l’ensemble du territoire au cours des seules dernières vingt-quatre heures. Si 127 d’entre eux ont pu être maîtrisés, dix-neuf foyers demeurent actifs, mobilisant sans relâche les équipes d’intervention.
S’exprimant sur les ondes de la Chaîne 1, l’officier a détaillé un dispositif de lutte mené en étroite coordination entre les unités de la Protection civile, les détachements de l’Armée nationale populaire, la conservation des forêts, les collectivités locales, les présidents d’assemblées populaires communales, ainsi que de nombreux citoyens venus prêter main-forte.
Au-delà de l’extinction des flammes proprement dite, les équipes s’attellent également à neutraliser les foyers résiduels et les braises encore actives, afin d’éviter toute reprise du feu un travail de fond mené sur le terrain grâce à une coordination étroite entre les colonnes mobiles et les moyens aériens, dont des avions bombardiers d’eau spécialisés.
Sur la carte des sinistres, plusieurs wilayas de l’Est et du Centre restent en première ligne. Annaba, Béjaïa, Guelma, El Tarf, Khenchela, Mila, Bouira, Médéa et Mascara comptaient chacune, au moment du bilan, un incendie encore actif, tandis que Souk Ahras en dénombrait trois et Skikda, la wilaya la plus touchée, six.
Le bilan prend une tout autre dimension une fois replacé dans la durée. Depuis le 1er juillet, ce sont près de 1 460 incendies qui ont été enregistrés à travers le pays, dont 85 à 90% ont pu être éteints par les services de la Protection civile — le reste restant sous étroite surveillance, en particulier dans les zones à forte densité forestière et démographique. Et depuis le 1er mai, point de départ de la saison des feux, le compteur atteint 3 719 incendies, contre 1 501 à la même période en 2025 : une progression proche du doublement, dont l’essentiel s’est concentré, selon le lieutenant-colonel Bernaoui, sur les douze derniers jours.
Les chiffres transmis par la Direction générale des forêts donnent la mesure des dégâts :
plus de 1 666 hectares de couvert végétal sont partis en fumée, dont 356 hectares de forêts, 545 hectares de broussailles, 661 hectares de maquis et 14 hectares de nappes d’alfa, auxquels s’ajoutent 89 hectares d’arbres fruitiers et de cultures de montagne. Un bilan sans commune mesure avec celui de l’an dernier à la même période, où les surfaces parties en fumée ne dépassaient pas 467 hectares traduisant, à lui seul, la sévérité inhabituelle de la saison des feux que traverse actuellement le pays.
Lotfi C.
Feux de forêt: L’Algérie affronte sa pire vague de la saison, près de 3 700 incendies depuis mai
