Mémoire environnementale: L’Algérie dresse la carte des blessures coloniales

Ce ne sont plus seulement les archives et les témoignages qui viendront documenter les crimes de la colonisation, mais désormais la terre elle-même, ses sols et ses cicatrices invisibles.
La ministre de l’Environnement et de la Qualité de vie, Kaouther Krikou, a annoncé ce mardi la création d’une carte nationale numérique recensant les sites touchés par les dommages environnementaux hérités de la période coloniale, préalable à des campagnes d’analyses physiques et chimiques destinées à établir, preuves scientifiques à l’appui, l’ampleur exacte de ces atteintes.
L’annonce a été faite à Alger, lors de l’ouverture de la première session des travaux de la commission ministérielle mixte pour la mémoire environnementale, en présence du ministre des Moudjahidine.
Devant l’assistance, la ministre a salué le professionnalisme de l’Armée nationale populaire et de l’ensemble des corps de sécurité, avant de rappeler que la mémoire environnementale constitue une composante à part entière de la mémoire nationale.
Un chantier que son département a entrepris en coopération avec le ministère des Moudjahidine et des Ayants droit, dans le but de mettre en lumière ce qu’elle qualifie des séquelles les plus abjectes laissées par le colonialisme, à l’encontre de l’homme comme de la nature, sous l’effet d’un système répressif méthodique visant l’épuisement des richesses et la destruction du couvert végétal, sans considération aucune pour l’humain ou pour son environnement.
Ces exactions, dont les répercussions se sont aggravées au fil des décennies jusqu’à provoquer de graves déséquilibres écologiques, font désormais l’objet d’un travail institutionnel structuré. La commission ministérielle mixte, créée début novembre 2025, tenait ce mardi sa toute première session, posant ainsi la première pierre d’un inventaire historique et scientifique des principaux sites touchés à l’échelle nationale.
L’enjeu, précise la ministre, consistera à déterminer la nature exacte de ces crimes : bombardements au napalm, recours à des gaz toxiques prohibés par le droit international, ou encore contamination par des radiations nucléaires.
La carte numérique en préparation permettra justement de localiser ces sites avant d’y mener les expertises de terrain nécessaires, notamment l’analyse des sols. Cette démarche scientifique, insiste Kaouther Krikou, doit permettre d’établir l’étendue des dégâts et leurs conséquences durables sur la faune et la flore, à travers des preuves irréfutables croisées avec des recherches approfondies et les témoignages historiques de moudjahidine, seuls à même de restituer toute la
brutalité de pratiques qui bafouaient ouvertement les normes et le droit international.
La ministre a par ailleurs salué la contribution de l’ensemble des membres de la commission, du ministère des Moudjahidine, de la Commission nationale de l’histoire et de la mémoire, ainsi que de la Direction générale des Archives nationales, réaffirmant la détermination de son département à poursuivre l’enrichissement de ce dossier mémoriel. Un travail de longue haleine, dont l’ambition dépasse la seule reconstitution historique : il s’agit d’établir des preuves scientifiques incontestables, susceptibles de fonder, un jour, la responsabilité internationale de la puissance coloniale.

Le dossier de la mémoire environnementale entre dans sa phase de documentation
Ce chantier mémoriel, confirme la ministre, s’appuiera sur des analyses scientifiques rigoureuses et sur la collecte systématique de témoignages de moudjahidine, avec un objectif clair : documenter l’ampleur et les conséquences des crimes environnementaux commis durant la période coloniale, et consolider ainsi les efforts de préservation de la mémoire nationale face aux atteintes portées à l’environnement et aux richesses naturelles du pays.
R. Tiar.