Le HCSCNE tient sa première réunion: La diaspora scientifique algérienne entre dans le jeu

L’Algérie a franchi hier dimanche une étape importante dans sa politique de mobilisation des compétences nationales établies à l’étranger.
La réunion constitutive du Haut Conseil de la Communauté scientifique nationale à l’étranger (HCSCNE) s’est tenue au Pôle scientifique et technologique Chahid Abdelhafid-Ihaddaden à Alger, donnant corps à une institution longtemps attendue par la diaspora scientifique algérienne.
Placé sous la tutelle directe de la Présidence de la République et doté de l’autonomie financière et
administrative, le HCSCNE a été approuvé lors du dernier Conseil des ministres. Il est conçu comme un organe consultatif à vocation stratégique, destiné à faire converger les expertises des scientifiques algériens dispersés aux quatre coins du monde vers les grands chantiers du développement national.
Le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Kamel Baddari, qui a pris part à cette réunion inaugurale, a d’emblée situé l’enjeu à sa juste mesure.
Cette rencontre constitue, selon lui, «une pierre angulaire dans l’édification de l’Algérie nouvelle», marquant le début d’une phase inédite d’implication de la diaspora dans le devenir du pays. Elle traduit concrètement les orientations du président Tebboune, qui avait lancé un appel solennel à tous les enfants de l’Algérie établis à l’étranger pour qu’ils apportent leur contribution au projet de développement visant à hisser le pays au rang des nations avancées.
«Les scientifiques algériens établis à l’étranger constituent une richesse nationale stratégique», a martelé Baddari, insistant sur la nécessité de capitaliser sur des profils évoluant dans des domaines de pointe, intelligence artificielle, biotechnologies, physique nucléaire, ingénierie de précision, pour peu qu’on leur offre un cadre institutionnel sérieux pour s’exprimer au service de leur patrie.
C’est le professeur Elias Zerhouni, coordinateur de cette réunion constitutive, qui a peut-être le mieux capturé la portée du moment. Devant une salle réunissant des scientifiques et chercheurs algériens venus du monde entier, il a qualifié la création du Conseil de «moment historique charnière» — et pour cause : l’ensemble du processus, de l’idée à la tenue de cette réunion, aura pris moins d’un mois.
«Pour la première fois, nous disposons de la volonté politique, d’une vision ferme et d’une mission clairement définie», a-t-il déclaré, rendant hommage au président Tebboune, qu’il a désigné comme l’initiateur et l’inspirateur de ce projet.
Zerhouni a posé frontalement la question que beaucoup se posaient en silence : pourquoi maintenant ? Sa réponse tient en quelques chiffres saisissants. Quand la plupart des membres de la diaspora scientifique ont quitté le pays pour poursuivre leur carrière à l’étranger, l’Algérie ne comptait que trois ou quatre universités. Elle en compte aujourd’hui 57, auxquelles s’ajoutent plus de 50 instituts, pour un total de 1,7 million d’étudiants dans l’enseignement supérieur.
Zerhouni a tenu à dissiper d’emblée tout malentendu sur les ambitions du Conseil. Il ne s’agit pas de tout faire à la fois, ni de se limiter à organiser des conférences. «Nous sommes engagés à garantir quelque chose de concret, de durable, qui se transforme en réalité tangible», a-t-il affirmé.
L’objectif premier reste d’avoir un impact positif mesurable sur le pays et sur sa jeunesse — en faisant des chercheurs de la diaspora des contributeurs actifs à la construction de l’avenir de l’Algérie, non de simples observateurs bienveillants depuis l’étranger.
A. G.