Banque Africaine de l’Énergie: Septembre 2026, le compte à rebours est lancé

L’Afrique produit 12% du pétrole mondial et importe plus de 60% de ses produits raffinés. Cette contradiction, que Farid Ghezali, secrétaire général de l’Organisation africaine des producteurs de pétrole (APPO), qualifie d’«intolérable», est précisément celle que la nouvelle Banque Africaine de l’Énergie (AEB) entend corriger — à condition que les pays membres jouent le jeu.
Le lancement, initialement prévu en juillet, a été décalé à septembre 2026 pour des raisons administratives. Les guichets n’ouvriront réellement qu’en fin d’année, mais l’ambition, elle, ne souffre d’aucun retard.
Dotée d’un capital d’amorçage de 500 millions de dollars, appelé à atteindre 5 milliards, et portée conjointement par l’APPO et Afreximbank avec le soutien financier de l’Algérie et des 17 États membres, l’AEB se positionne d’emblée comme bien autre chose qu’une institution financière classique. C’est, selon Ghezali, «l’instrument de notre émancipation financière».
Le programme est précis et chiffré : financer entre 20 et 30 projets structurants d’ici 2030 — raffineries, gazoducs, terminaux GNL — réduire de 30 à 40% la dépendance aux importations extra-africaines d’ici 2035, et créer jusqu’à un million d’emplois directs et indirects dans la chaîne de valeur énergétique. Quarante pour cent des financements seront fléchés vers le gaz naturel, pensé comme énergie de transition. Mais l’argent seul ne suffira pas. Ghezali en est convaincu : sans harmonisation des codes pétroliers à l’échelle du continent, la banque tournerait à vide.
Aligner les législations, unifier les fiscalités, garantir la transparence contractuelle, c’est le préalable indispensable pour rassurer les investisseurs internationaux et attirer entre 10 et 15 milliards de dollars supplémentaires d’ici la fin de la décennie. «L’harmonisation sans financement demeure une illusion. Le financement sans cadre harmonisé demeure un risque. Ensemble, ils constituent une puissance africaine», résume-t-il avec une formule qui claque.
Reste une fenêtre à ne pas laisser passer. La crise géopolitique au Moyen-Orient fait monter les prix du pétrole et génère des excédents exceptionnels pour les pays producteurs africains.
L’APPO les exhorte à réinvestir ces revenus dans les infrastructures continentales plutôt que de les absorber dans les dépenses courantes. Cette opportunité, prédit Ghezali, ne durera que 18 à 24 mois. Après quoi, les marchés se stabiliseront, et la fenêtre se refermera.
Samira G.