A l’approche de la fin de son second quinquennat, Emmanuel Macron n’a jamais caché, dans l’intimité de son vol retour d’une récente visite asiatique, son désir pressant de solder l’une des crises les plus graves, les plus complexes, et surtout les plus humiliantes de son mandat : celle qui oppose la France à l’Algérie.
Selon des informations concordantes du journal Le Monde, le président français, entouré de son conseiller diplomatique Emmanuel Bonne et de la députée écologiste d’origine algérienne Sabrina Sebaihi, n’a pas hésité à lâcher, presque comme un aveu d’impuissance : «Alors, qu’est-ce qu’on fait avec l’Algérie ?»
Une question anodine en apparence, mais qui en dit long sur le désarroi d’un chef d’État qui a tout essayé, sauf l’essentiel : le respect sincère. Car ce n’est pas d’une simple réconciliation dont il s’agit, mais d’un véritable nœud institutionnel qu’il n’a jamais su dénouer.
Ce que ses proches comprennent immédiatement, c’est qu’Emmanuel Macron ne supporte pas l’idée de quitter l’Élysée en laissant derrière lui un échec cinglant dans le dossier algérien.
Lui qui, au début et au milieu de son règne, avait fait du «geste mémoriel» un investissement symbolique fort, se voit aujourd’hui rattrapé par les contradictions d’une politique oscillant entre arrogance et repentir artificiel. Mais voilà que le chef de l’État français, désormais affaibli par la fin annoncée de son mandat, doit faire face à un adversaire redoutable sur son propre terrain : Bruno Retailleau, le candidat des Républicains, qui a fait de la rupture avec l’Algérie le fer de lance de sa campagne présidentielle.
Loin de chercher l’apaisement, Retailleau instrumentalise chaque tension avec Alger pour nourrir un discours de fermeté brutale, opposant à la «macronie supposée trop conciliante» une ligne dure qui séduit une partie de l’électorat de droite et d’extrême droite le contraste est saisissant D’un côté, un président qui, presque désespéré, tente d’arracher une réconciliation de dernière minute, allant jusqu’à fustiger «les fous qui veulent la rupture avec l’Algérie». De l’autre, un prétendant à l’Élysée qui n’hésite pas à marcher sur les plates-bandes de la culture d’État et de la bienséance diplomatique, multipliant les provocations et les déclarations hostiles à l’égard d’Alger.
Pour l’Algérie, cette cacophonie politique française est à la fois édifiante et sans effet.
Alger observe, depuis sa souveraineté retrouvée et son silence digne, ce bal des prétendants qui, pour des raisons purement électorales, voudraient faire de l’histoire commune une arme politicienne.
Mais l’Algérie n’est plus à l’époque où l’on pouvait la menacer ou la flatter selon l’humeur des sondages.
Si Macron veut sincèrement tourner la page, qu’il le prouve par des actes concrets et non par des
interrogations à 40 000 pieds d’altitude.
Quant à Retailleau, il ferait bien de comprendre que les temps ont changé : l’Algérie, fière de sa mémoire et de sa révolution, ne se marchande ni ne se brade pour les besoins d’une campagne électorale. La balle est dans le camp français, et Alger attend, non pas des promesses, mais du respect.
Lotfi L.-E.
Algérie-France: Macron pris en étau entre sa propre fin de mandat et les ambitions brutales de la droite

