«Chaque goutte compte»: L’Algérie interdit l’usage de l’eau potable dans l’industrie et l’agriculture

Face à la raréfaction des ressources hydriques et aux défis climatiques, l’Algérie engage un tournant décisif dans sa politique de l’eau.
Le ministre de l’Hydraulique, Lounès Bouzegza, a martelé jeudi dernier, depuis la wilaya de Souk Ahras, une directive claire et sans appel : mettre fin au «gaspillage» de l’eau potable dans les activités industrielles et l’irrigation agricole. Désormais, la priorité nationale absolue est de garantir une eau saine et régulière aux citoyens, a-t-il affirmé, en présence des walis de Souk Ahras et de Tébessa.
Cette nouvelle orientation s’inscrit dans le cadre des instructions du président de la République,
M. Abdelmadjid Tebboune, issues des récents conseils des ministres. Le chef de l’État a appelé à «protéger chaque goutte d’eau» en réorganisant la répartition des ressources selon des priorités vitales.
Pour concrétiser cette vision, le gouvernement mise sur une double stratégie : d’une part, l’introduction massive des technologies modernes de gestion, et d’autre part, le remplacement de l’eau potable par des eaux non conventionnelles dans les secteurs secondaires.
Lors de sa visite de terrain, M. Bouzegza a insisté sur l’urgence de déployer la «technologie de télégestion» (contrôle à distance) pour surveiller les réseaux, détecter les fuites et corriger les dysfonctionnements en temps réel.
Selon lui, cette innovation constitue une «révolution silencieuse» qui permettra de réduire les pertes, qui dépassent actuellement 40% de l’eau destinée à la consommation, en raison des fuites et des branchements illicites.
La télégestion, couplée à des plateformes numériques, offre une vision précise des débits, des niveaux de réservoirs et de la qualité de l’eau, sans nécessiter d’intervention humaine sur site.
Le ministre a également pointé un exemple frappant de dérive : le complexe sidérurgique d’El Hadjar, dans la wilaya d’Annaba, consomme chaque jour plus de 24 000 m3 d’eau potable, soit près de 15% de l’ensemble des ressources en eau potable de la wilaya – alors que des alternatives existent.
«Ce n’est plus tolérable», a-t-il tranché, annonçant que l’État orientera désormais l’industrie et l’agriculture vers les eaux usées traitées et les eaux de mer dessalées. L’option des eaux non conventionnelles est qualifiée d’«irréversible» par le ministre, qui a promis d’accélérer la modernisation des stations d’épuration et d’étendre les réseaux de réutilisation.
En parallèle de cette annonce de principe, M. Bouzegza a pris des mesures concrètes à Souk Ahras pour améliorer immédiatement l’approvisionnement des citoyens. Il a ainsi décidé d’augmenter le quota d’eau provenant du barrage d’Aïn Dalia, le faisant passer de 20 000 à 30 000 m3 par jour, afin de faire face à la forte demande estivale. Il a également annoncé le lancement d’un projet de raccordement entre le barrage d’Oued Djedra et celui d’Aïn Dalia, permettant de transférer 40 000 m3 supplémentaires vers la station de traitement, com blant ainsi un déficit estimé à 28 000 m3 par jour.
Au village d’Aïn Senour, dans la commune de Mechrouha, le ministre a présidé la mise en service d’un nouveau réservoir d’une capacité de 1 000 m3, tout en ordonnant d’accélérer les travaux de pose de canalisations sur 30 kilomètres pour transférer l’eau du barrage d’Ouldjet Mellègue (à cheval sur les wilayas de Tébessa et Souk Ahras) jusqu’à l’usine de phosphate d’Oued Kebrit.
Ce projet, à la fois stratégique pour l’économie nationale et exemplaire en matière de réallocation des ressources, devra être livré dans les délais contractuels.
Par ces décisions fermes et cette vision cohérente, l’Algérie se dote des moyens d’assurer sa sécurité hydrique. Le ministre Lounès Bouzegza a résumé la philosophie du gouvernement : «L’eau potable est d’abord pour le citoyen. L’industrie et l’agriculture auront leurs propres ressources, issues du dessalement et du recyclage.»
Une politique de bon sens qui, couplée à la modernisation des réseaux et à la lutte contre les pertes, promet de préserver durablement l’or bleu du pays.
Lotfi L.-E.