Son projet de gazoduc totalement irréalisable: Le Maroc face à son délire

Le Maroc multiplie les échecs et collecte les mauvaises notes. Dans le secteur énergétique, le royaume navigue à vue et continue de défendre son chimérique projet de gazoduc transatlantique, malgré tous les avis négatifs et le constat de non viabilité du chantier.
Les experts n’entretiennent aucun doute sur cette réalité, comparativement au projet de gazoduc transsaharien qui part du Nigeria vers l’Europe, en traversant le Niger avant d’être relié au réseau algérien.
Dans un entretien récent accordé à la plateforme Attaqa, Geoff D. Porter, fondateur et directeur de North Africa Risk Consulting (NARCO), spécialiste des risques politiques et commerciaux dans les secteurs pétrolier et gazier en Afrique du Nord, a livré une analyse comparative tranchante entre les deux méga-projets de gazoducs : le Trans-Saharien (TSGP), soutenu par l’Algérie, et l’Atlantique Afrique, porté par le Maroc. Pour l’expert américain, le projet algérien l’emporte haut la main, qualifiant son rival marocain d’«irréalisable» en raison de ses faiblesses techniques, économiques et géopolitiques. Un comparatif sans appel : distance, coûts et complexité.
Le gazoduc Trans-Saharien, long de plus de 4 000 km (dont 1 037 km au Nigeria, traversant le Niger et 2 310 km en Algérie), vise à acheminer 20 à 30 milliards de mètres cubes de gaz nigérian par an vers l’Europe via l’Algérie.
L’expert vante sa «grande brièveté», sa «faible complexité technique» et sa capacité à s’appuyer sur des infrastructures existantes, comme les lignes TransMed vers l’Italie et MedGaz vers l’Espagne.
Sonatrach prépare déjà les travaux préliminaires au Niger, sous les instructions du président Abdelmadjid Tebboune, pour entrer en phase opérationnelle imminente.
À l’opposé, le gazoduc Atlantique Afrique, que Rabat présente comme un pilier de sa diplomatie énergétique, cumule les handicaps selon Porter : coûts prohibitifs, complexité technique élevée, dépendance à de multiples systèmes juridiques et viabilité économique douteuse.
Le Maroc n’arrive pas, en outre, à mobiliser les soutiens nécessaires à son projet, ni en Europe, ni en Afrique, ni au niveau des institutions internationales. «Ses perspectives semblent moins attrayantes que celles du TSGP», assène l’expert, soulignant que le projet marocain dépasse largement en ampleur et en défis le tracé transsaharien. à cela sajoute les tensions géopolitiques, avec la crise ouverte avec le Sénégal.
L’expert américain pointe une fragilité supplémentaire pour le Maroc : la récente victoire des Lions de l’Atlas à la Coupe d’Afrique des Nations a crispé les relations avec le Sénégal, partenaire clé du tracé atlantique. «Dakar est moins enclin à soutenir les initiatives marocaines actuellement», observe-t-il,
un refroidissement qui mine la crédibilité du projet. Du côté algérien, la confiance règne.
L’Algérie s’affirme comme «fournisseur de gaz fiable et sûr pour l’Europe», malgré des limites de production excédentaire. Rome et Madrid, conscientes de ces contraintes, soutiennent Alger pour accélérer l’exploration et la liquéfaction. La guerre au Moyen-Orient profite d’ailleurs à l’Algérie et à la Libye, au détriment du Maroc, renforçant le positionnement d’Alger comme pivot énergétique africain, selon la même source. Dans un contexte de bouleversement géopolitique mondial, le Trans-Saharien émerge comme le grand gagnant continental, tandis que l’Atlantique Afrique risque de rester un «délire» géopolitique de Rabat.
Fateh H.