Guerre contre l’Iran: Le doute s’installe à Washington

Alors que s’achève la quatrième semaine de la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, les incertitudes s’accumulent. Loin du scénario d’une victoire rapide, le conflit s’enlise dans des objectifs de plus en plus flous, tandis que les capacités de réponse iraniennes semblent avoir été sous-estimées. Les frappes atteignent désormais l’océan Indien, le cœur du territoire israélien et des sites nucléaires sensibles.
Dans les cercles décisionnels américains, un sentiment de malaise grandit. Le débat ne porte plus sur la capacité militaire des États-Unis à vaincre l’Iran, mais sur une question plus fondamentale : cette guerre peut-elle être «gagnée» ? Et si oui, à quel prix et au bénéfice de qui ? Ce questionnement ne vient pas des adversaires de Washington, mais de sa propre élite politique et stratégique. L’une des principales sources d’inquiétude réside dans l’absence de toute définition claire de ce que serait une «victoire».
L’administration Trump n’a jamais précisé si l’objectif était la destruction du programme nucléaire iranien, l’affaiblissement des capacités militaires du pays, ou un changement de régime. Cette ambiguïté n’est pas anodine : chaque option exige des moyens, des coûts et des risques radicalement différents. Sans but défini, impossible de mesurer le succès ou même de l’atteindre.
Les précédents américains en Irak et en Afghanistan restent gravés dans les mémoires : la supériorité militaire ne garantit en rien la stabilité politique. L’Iran, lui, est un adversaire d’une tout autre envergure. État doté d’institutions solides, d’une capacité militaire conséquente et d’un réseau d’alliés régionaux, il a récemment vu les Houthis, pourtant liés à Washington par un accord de cessez-le-feu, menacer de sortir de leur réserve. Tout affrontement risquerait donc de se muer en une guerre d’usure, loin du conflit foudroyant et décisif qu’avait laissé espérer Donald Trump, dont les déclarations successives n’ont fait qu’accumuler les contradictions.
L’inquiétude dépasse le seul champ de bataille. Elle porte aussi sur la conduite de l’exécutif américain. Dans un article de Foreign Policy, Susan Nossal met en garde contre les réactions possibles de Donald Trump en cas d’échec. Selon elle, face à une impasse, le président serait tenté d’escalader encore, en élargissant les frappes ou en ciblant des infrastructures plus profondes en Iran.
À l’inverse, un succès militaire serait interprété comme une validation de l’usage de la force, incitant à en faire un réflexe pour d’autres crises. Dans les deux scénarios, la victoire elle-même deviendrait un facteur d’instabilité.
Thomas Friedman, dans The New York Times, va plus loin en s’interrogeant sur l’idée même de «solution finale» dans les conflits du Moyen-Orient. La puissance militaire, aussi écrasante soit-elle, ne peut éradiquer des dynamiques enracinées dans les sociétés. Les frappes les plus massives ne tuent pas les idées ; elles les recomposent souvent sous des formes nouvelles.
Face à un pays comme l’Iran, avec ses institutions et sa complexité sociale, il n’y aura pas de fin décisive, mais l’ouverture d’une nouvelle phase de confrontation. Le ministre omanais des Affaires étrangères, Badr al-Busaïdi, a pour sa part estimé que les États-Unis avaient «perdu le contrôle» de leur propre politique étrangère, s’engageant dans une guerre qui ne sert pas leurs intérêts. Il a rappelé que cette escalade est intervenue alors même que des opportunités de négociation avec Téhéran existaient encore. Loin d’ouvrir un nouvel horizon, le choix militaire a refermé la porte diplomatique. Et, a-t-il souligné, personne ne sortira vainqueur de ce conflit.
La guerre creuse également des divisions au sein même de l’alliance atlantique, comme en témoignent les désaccords au sein de l’OTAN sur la légitimité de l’intervention et sur la militarisation du détroit. Sans compter le risque d’un embrasement régional impliquant d’autres acteurs.
Enfin, si l’objectif devenait un changement de régime, Washington pourrait se trouver entraîné dans un engrenage terrestre aux coûts humains et matériels colossaux, aux conséquences imprévisibles pour l’ensemble de la région. Au bout de quatre semaines, le conflit n’a pas pris la tournure imaginée par Donald Trump. Le doute, désormais, est au cœur du débat américain. Le problème pour Washington n’est plus de savoir s’il peut vaincre militairement l’Iran, mais de savoir comment sortir d’une guerre engagée sans objectif clair.
Malik M.