Du 16 au 25 octobre, la 33e édition du Festival et Congrès de la musique arabe se tiendra en Égypte, confirmant son rôle de laboratoire vivant pour l’avenir de la musique arabe. Depuis sa création en 1932, l’événement interroge les mutations de cet art millénaire, entre préservation du patrimoine et adaptation aux technologies émergentes.
Cette année, la conférence scientifique qui accompagne le festival s’intitule «La musique arabe face à la transformation numérique : horizons et défis», et pose une question centrale : comment préserver l’essence du tarab, cette extase émotionnelle fondée sur l’improvisation, tout en intégrant les outils de l’intelligence artificielle ?
Le festival rend hommage à Oum Kalthoum et propose 41 concerts animés par 83 artistes arabes et égyptiens, répartis sur les scènes des Opéras du Caire, d’Alexandrie et de Damanhour. Mais c’est dans les colloques que se joue le véritable débat. Quarante chercheurs venus de quinze pays arabes et occidentaux se réuniront pour explorer les enjeux de l’archivage, de la documentation et de la réinterprétation algorithmique de la musique arabe.La présidente du comité scientifique, Shereen Abdel-Latif, doyenne de la faculté de pédagogie musicale de l’Université de Hélouan, rappelle que cette réflexion s’inscrit dans la continuité du Congrès de la musique arabe de 1932, organisé au Caire sous le patronage du roi Fouad Ier.
Ce congrès, initié par l’ethnomusicologue français Rodolphe d’Erlanger, avait réuni des figures comme Béla Bartók et Paul Hindemith pour codifier les maqams et préserver les traditions musicales du monde arabe face aux technologies de l’époque, telles que le disque 78 tours et la radio.
Aujourd’hui, l’intelligence artificielle succède au phonographe comme outil de fascination et de crainte. Là où 1932 cherchait à enregistrer, l’IA prétend analyser, modéliser et même créer.Le Festival de la musique arabe ne se contente pas de célébrer un héritage. Il le questionne, le réinvente et le projette dans l’avenir. Dans un monde dominé par les algorithmes, il rappelle que la musique arabe est d’abord une affaire de sensibilité, de transmission et de liberté. Face aux machines, le tarab reste une extase humaine.
A. S.
Entre mémoire, innovation et identité:La musique arabe à l’épreuve du numérique
