Une réunion syrio-israélienne prévue à Bakou: Vers une normalisation entre Damas post-Assad et l’Entité sioniste ?

Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche semble relancer la dynamique diplomatique des Accords d’Abraham, processus de normalisation entre Israël et plusieurs pays arabes. Si l’Arabie Saoudite avait jusqu’ici résisté aux pressions, notamment en raison de la guerre meurtrière menée par Israël dans la bande de Ghaza, d’autres acteurs du monde arabe semblent céder, dans un silence de plus en plus pesant.
Le cas le plus surprenant est celui de la Syrie post-Assad, où une coalition de groupes islamistes a pris le pouvoir à Damas en décembre dernier, mettant fin à une guerre civile de 13 ans. À la tête du nouveau régime intérimaire : Ahmad el-Chareh, plus connu sous le nom d’Abou Mohammad al-Joulani, ex-dirigeant du groupe terroriste Front Al-Nosra, affilié à Al-Qaïda. Ciblé par un mandat d’arrêt international, il est aujourd’hui placé sous étroite tutelle américaine, selon plusieurs sources diplomatiques.
Dans ce nouveau contexte, une rencontre officielle entre un responsable syrien et un représentant israélien est prévue samedi à Bakou, en marge de la visite du président intérimaire Chareh en Azerbaïdjan. Une source diplomatique à Damas, bien informée des pourparlers entre les deux parties, a confirmé l’information sous couvert d’anonymat, compte tenu de la sensibilité extrême du dossier.Le président Trump aurait personnellement joué un rôle d’intermédiaire.
En mai dernier, après une rencontre avec Ahmad el-Chareh, il avait affirmé que ce dernier s’était dit favorable à une « normalisation » avec Israël, pays avec lequel la Syrie est officiellement en guerre depuis 1948.La réunion prévue à Bakou ne verra pas la participation directe de Chareh, a précisé la source, mais portera notamment sur la présence militaire israélienne croissante en territoire syrien, en particulier dans le sud du pays. Depuis la chute du régime de Bachar al-Assad, l’armée israélienne a, selon cette même source, « établi des zones d’occupation illégale en Syrie, sans réaction notable du nouveau pouvoir en place à Damas ».Début juillet, le gouvernement intérimaire syrien a annoncé sa volonté de rétablir un accord sécuritaire avec Israël datant de 1974, tout en affirmant ne pas chercher de confrontation avec ses voisins. Une position qui marque un tournant radical dans la politique syrienne, autrefois pilier du soutien à la cause palestinienne.Pour de nombreux observateurs et militants, cette ouverture vers Israël, dans un contexte de guerre à Ghaza et de montée des tensions régionales, est perçue comme une véritable trahison. Les critiques dénoncent une capitulation politique et morale, orchestrée dans l’ombre par Washington et présentée sous couvert de stabilité régionale. Reste à savoir si cette tentative de normalisation aboutira à un accord concret ou si elle ravivera les divisions au sein d’un monde arabe déjà fracturé.
Malik.M.