«Première ligne» de Merzak Allouache: Une satire sociale ensoleillée et percutante présentée à Alger

Le cinéaste Merzak Allouache a présenté, samedi à la Cinémathèque d’Alger, son tout dernier long métrage Première ligne (2024), une comédie satirique tendre et acérée sur les travers de la société algérienne, devant une salle comble et enthousiaste.
Écrit et réalisé par Allouache, et produit avec le soutien du Centre Algérien de Développement du Cinéma (CADC), ce 19e film de fiction du réalisateur dépeint, en 86 minutes, un microcosme social à travers le récit croisé de deux familles rivales d’un quartier populaire. Leur champ de bataille ? Une plage mythique d’Alger : El Djamila (ex-La Madrague), où chacun convoite la meilleure place au bord de la mer.Deux plagistes complices, interprétés avec brio par Brahim Derris et Nabil Asli, exploitent sans scrupule ce désir collectif en pratiquant un favoritisme discret, cédant les meilleurs emplacements aux plus offrants. Zohra Bouderbala (Fatiha Ouared), mère de cinq enfants (Mehdi Sadi, Hawa Baya, Islem Baziz, Lylia Abdelouahab et Soheib Guemroud), arrive à l’aube pour s’assurer une position stratégique. Mais la tranquillité espérée est vite perturbée par l’arrivée tonitruante de la famille Kadouri : Safia (Bouchra Roy), son mari affairiste (Hichem Mesbah), sa mère en fauteuil roulant (Aida Kechoud), et ses deux enfants (Hanna Mansour, Anis Azoug), tous installés de force devant les Bouderbala.La tension monte, les provocations s’enchaînent, jusqu’à dégénérer en bagarre générale, conclue par une comparution au commissariat. Mais Première ligne ne s’arrête pas là : l’apparition de Lounès (Idhir Benaïbouche), amant caché de Zohra, et le retour impromptu de son mari Mokhtar (Kader Affak), mis au courant par l’imam du quartier, viennent bousculer l’équilibre déjà fragile du récit. Un enchaînement de rebondissements aussi absurdes que révélateurs.Le film s’enrichit également de personnages secondaires incarnés par des figures marquantes comme Hacène Benzerari (en patron de supermarché) et Rabie Ouadjaou (en imam), qui donnent une profondeur sociétale au propos. Première ligne dépasse ainsi la simple comédie balnéaire pour aborder des thèmes plus vastes : le chômage des jeunes, la corruption ordinaire, les hypocrisies sociales, mais aussi l’émancipation des femmes et le droit à l’amour et à la liberté.
À l’issue de la projection, Merzak Allouache et son équipe ont échangé longuement avec le public dans un débat chaleureux, salué pour sa richesse et sa sincérité.Présenté en première mondiale au Toronto International Film Festival (TIFF) en septembre 2024, le film a depuis été projeté au Festival International du Film de la Mer Rouge (Arabie Saoudite), aux Journées Cinématographiques de Carthage (Tunisie), au Festival du film arabe de Malmö (Suède), à Vues d’Afrique (Montréal, Canada), ainsi qu’au 8e Festival national de la littérature et du cinéma de la femme de Saida.Selon Amina Salem, coproductrice du film, Première ligne entamera sa distribution nationale après l’Aïd El Adha, dans 14 salles réparties sur l’ensemble du territoire algérien. Ce lancement offrira enfin au public algérien l’occasion de savourer, en salle, cette œuvre vive et piquante qui conjugue humour populaire et regard social affûté .

Amina.S

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