Mouloud Feraoun: La voix lucide contre le colonialisme

Ecrivain et instituteur durant la Guerre de libération nationale, Mouloud Feraoun (1913-1962) a porté un regard sans concession sur le colonialisme français en Algérie. Son œuvre littéraire, empreinte d’un engagement indéfectible pour l’indépendance, dénonce avec force les exactions commises par l’armée coloniale et témoigne des souffrances endurées par les populations algériennes.Son « Journal 1955-1962 », publié à titre posthume, offre un éclairage poignant sur cette période tragique. Feraoun y décrit, avec une lucidité glaçante, les violences subies par les civils, les villages bombardés et incendiés, les hommes arrêtés et exécutés sommairement. « On fait sortir les hommes, on les parque, on lâche cinq chiens policiers qui se jettent sur cinq d’entre eux au hasard, qui les culbutent, les mordent, les traînent dans la boue. Ce sont ceux-là que le sort a désigné : on les relève, on les fusille à bout portant », relate-t-il, évoquant un épisode particulièrement saisissant.Malgré l’horreur ambiante, l’espoir ne le quitte pas. « Nous l’aurons notre indépendance, d’une manière ou d’une autre », écrit-il avec conviction, ajoutant : « Je crois en l’avenir de mon pays. Je crois en la capacité des Algériens à construire une nation libre et juste. »Au fil des pages, l’auteur dresse un portrait sans concession du colonialisme, dénonçant les injustices et les inégalités criantes dont sont victimes ses compatriotes. Ses ouvrages de fiction, tels que le célèbre roman autobiographique « Le Fils du Pauvre » (1950) et « La Terre et le Sang » (1953), prolongent cette dénonciation, plaidant pour une Algérie libre et souveraine. Profondément attaché à son pays et à son peuple, Feraoun n’était pas un homme à « crier son engagement sur tous les toits », comme le souligne son fils Ali, mais ses positions étaient claires et sans ambiguïté.
En étroite collaboration avec les dirigeants de la Révolution, notamment ceux de la Wilaya III historique, il exprimait, à travers son écriture, ses idées résolument anti-colonialistes. Observateur attentif
des bouleversements provoqués par la guerre sur sa société, Feraoun, alors instituteur, bénéficiait d’une proximité avec les populations locales qui nourrissait son regard aiguisé. Né en 1913 dans le village de Tizi Hibel, dans la région des Ath Douala (Tizi-Ouzou), il entame une carrière d’enseignant après des études à l’École normale de Bouzaréah à Alger. Assassiné par l’OAS le 15 mars 1962, quelques jours avant la signature des accords d’Évian, Mouloud Feraoun laisse une œuvre majeure, témoignage poignant de la Révolution algérienne et plaidoyer vibrant pour la liberté et la dignité du peuple algérien.

Farid.H.

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