La Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) a dressé, dans un rapport publié mardi dernier, un constat accablant de la situation en Palestine après deux années d’agressions continues et systématiques de l’armée sioniste contre la bande de Ghaza.
Selon l’organisme onusien, cette offensive militaire d’une violence inouïe a précipité la Palestine dans la crise économique la plus profonde et la plus dévastatrice jamais enregistrée dans son histoire moderne, effaçant en à peine vingt-quatre mois plusieurs décennies de progrès socio-économiques
laborieusement acquis.
Le rapport souligne avec une gravité particulière que la crise économique globale qui frappe aujourd’hui la Palestine se classe désormais parmi les dix pires crises économiques mondiales survenues depuis 1960, un triste palmarès qui souligne l’ampleur historique du désastre. Mais c’est la situation dans l’enclave de Ghaza elle-même qui atteint des niveaux de détresse inégalés, étant qualifiée sans ambages par la CNUCED de «crise économique la plus grave jamais enregistrée» dans les annales de l’institution.
Les mécanismes de cette asphyxie économique sont multiples et se renforcent mutuellement. Les agressions militaires récurrentes, couplées à un blocus étouffant imposé depuis des années, ont méthodiquement démantelé la base économique de Ghaza. Les restrictions draconiennes sur la circulation des personnes et des biens, sur le commerce et sur l’accès aux ressources vitales et aux intrants productifs ont anéanti toute capacité de production et d’échange.
Le produit intérieur brut (PIB) de Ghaza illustre cet anéantissement de façon spectaculaire et tragique : il a enregistré une chute vertigineuse de 83% en 2024 par rapport à l’année 2023, ce qui représente une baisse cumulative de 87% sur la seule période de deux ans que constituent les années 2023 et 2024.
Pour saisir la régression historique que ces chiffres représentent, la CNUCED indique qu’à la fin de l’année 2024, le PIB de l’ensemble de la Palestine était retombé à son niveau de 2010, tandis que le PIB par habitant, un indicateur clé du niveau de vie, était revenu à celui de 2003. En d’autres termes, vingt-deux années de progrès en matière de développement humain et économique ont été purement et simplement effacées en moins de vingt-quatre mois de guerre et de destruction.
Au-delà des indicateurs macroéconomiques, c’est l’ensemble du tissu social et du capital humain qui est délibérément visé et durablement compromis. La CNUCED met en garde contre les effets à long terme, irréversibles pour toute une génération, des perturbations massives dans les domaines de l’éducation, des soins de santé et de l’accès aux services de base. Les dommages infligés ne sont pas seulement matériels, ils sont aussi cognitifs, sanitaires et psychologiques, condamnant les survivants à subir les séquelles de cette agression pendant des décennies. La capacité même de l’Autorité palestinienne à répondre aux besoins essentiels de sa population est paralysée. La chute brutale de ses recettes internes, aggravée par la suspension continue des transferts fiscaux que l’entité sioniste est tenue de lui reverser, a fortement limité sa capacité à maintenir ne serait-ce que des services publics minimaux, accentuant encore la spirale de la crise humanitaire.
Cette crise humanitaire, justement, atteint des profondeurs abyssales. Le bilan humain de l’agression génocidaire est, en lui-même, un témoignage accablant. Les autorités sanitaires palestiniennes ont communiqué, ce même mardi, un chiffre qui donne le vertige : 69 775 martyrs et 170 965 blessés, une écrasante majorité d’entre eux étant des femmes et des enfants innocents, tombés sous les bombes de l’occupant depuis le 7 octobre 2023. Mais au-delà du nombre des morts et des blessés, c’est la destruction du cadre de vie lui-même qui frappe les esprits.
L’agence palestinienne Wafa a rapporté que plus de 90% des bâtiments résidentiels de la bande de Ghaza ont été endommagés ou complètement réduits en poussière par les bombardements intensifs et souvent délibérés des forces d’occupation sionistes.
Le coût humain et économique d’une destruction systématique
Cette statistique signifie concrètement que la quasi-totalité de la population ghazouie se trouve sans abri digne de ce nom. Une majorité d’habitants sont contraints de survivre dans des maisons partiellement éventrées, devenues totalement inhabitables, ou entassés dans des camps de tentes de fortune qui ne les protègent ni de la chaleur étouffante de l’été ni du froid pénétrant de l’hiver.
Avec l’arrivée imminente de la saison hivernale, les conditions de vie dans ces camps de réfugiés improvisés sont appelées à s’aggraver dramatiquement. Les précipitations transforment les camps en bourbiers, provoquant des inondations qui emportent le peu de possessions des familles. La pénurie absolue de matériaux de construction, imposée par le blocus, empêche toute construction d’abris un peu plus solides pour se protéger de la pluie et du vent.
L’absence de chauffage, dans un contexte de pénurie généralisée de carburant et d’électricité, expose les populations, et particulièrement les enfants, les personnes âgées et les malades, à des risques
sanitaires extrêmes.
Face à l’étendue quasi apocalyptique des destructions, la CNUCED estime que les besoins de reconstruction et de relèvement de la bande de Ghaza dépasseraient le seuil colossal de 70 milliards de dollars américains. Une somme astronomique qui reflète l’ampleur du travail à accomplir pour relever les infrastructures vitales (eau, électricité, réseaux d’assainissement), les hôpitaux, les écoles, les universités, les logements et les capacités productives.
Le rapport de l’ONU avertit sans détour que la reprise de l’économie de Ghaza, si elle est un jour permise, pourrait prendre plusieurs décennies, plongeant toute une génération dans un avenir bouché. Face à cette urgence absolue, la CNUCED lance un appel pressant à une action internationale urgente, massive et coordonnée. Cette action doit impérativement viser trois objectifs immédiats : mettre un terme immédiat à l’agression et à la chute libre de l’économie palestinienne, rétablir intégralement et sans délai les transferts fiscaux dus à l’Autorité palestinienne, et assouplir immédiatement toutes les restrictions qui étouffent Ghaza. Enfin, elle appelle à l’élaboration dans les plus brefs délais d’un plan de relèvement global, ambitieux et doté de moyens financiers à la hauteur du désastre, pour permettre au territoire martyrisé de commencer à panser ses plaies et à envisager un avenir, aussi lointain soit-il
Malik M.

