6 000 victimes et un silence complice: Sahara occidental : le piège mortel des mines antipersonnel

Au Sahara occidental, les mines antipersonnel et les restes explosifs de guerre continuent de tuer, de mutiler et de maintenir des populations entières dans une insécurité permanente. Cette situation dramatique s’est même aggravée depuis la reprise du conflit armé, le 13 novembre 2020, lorsque le Maroc a violé le cessez-le-feu de 1990 en attaquant la zone tampon d’El Guerguerat. Les faits sont connus, documentés, et pourtant largement relégués à la périphérie de l’attention internationale.
Chaque 4 avril, l’Organisation des Nations unies marque la Journée internationale de sensibilisation au danger des mines. Mais dans ce territoire, il ne s’agit pas d’un rappel symbolique : c’est une réalité quotidienne.
Le Sahara occidental demeure l’une des zones les plus contaminées au monde, avec des millions d’engins explosifs disséminés sur des milliers de kilomètres. Au cœur de ce dispositif se dresse le tristement célèbre «mur de la honte» une barrière militaire qui s’étire sur plus de 2 700 kilomètres et constitue l’un des champs de mines continus les plus vastes de la planète. Ce mur ne se contente pas de diviser un territoire : il fracture des familles, coupe des routes, empêche les déplacements et transforme le désert en piège mortel. Les conséquences humaines sont lourdes. Plus de 6 000 victimes ont été recensées : morts, blessés, amputés. Mais au-delà des chiffres, c’est toute une société qui vit sous la menace. Chaque pas hors des zones connues devient un risque. Chaque activité pastorale, chaque déplacement peut se transformer en drame.
La reprise des hostilités en 2020 a aggravé cette situation. Les efforts de déminage accumulés pendant des années ont été partiellement réduits à néant, tandis que de nouvelles contaminations apparaissent, notamment avec l’évolution des méthodes de guerre.
Le travail mené sur le terrain, en particulier par le Sahrawi Mine Action Coordination Office, reste essentiel mais insuffisant face à l’ampleur du défi et au manque de moyens.
Car le déminage ne consiste pas seulement à retirer des explosifs.
Il s’agit aussi de sensibiliser, de former, de soigner, de reconstruire. Une tâche immense dans un territoire fragmenté, difficile d’accès et politiquement verrouillé.
Dans ce contexte, les appels se multiplient pour une adhésion aux conventions internationales interdisant ces armes, notamment la Convention d’Ottawa. Mais sur le terrain, rien ne change réellement. Les mines continuent d’être un outil de contrôle, empêchant les retours, limitant les mouvements, prolongeant la guerre bien au-delà des combats.
Et c’est peut-être cela, le plus frappant : au Sahara occidental, la guerre ne fait pas que laisser des traces. Elle continue, silencieusement, sous le sable. Invisible. Permanente. Et toujours ignorée.
M. M.