5 avril 1949:L’audace héroïque du commando d’Oran qui a changé le cours de l’histoire

Il y a soixante-dix-sept ans, un souffle de liberté traversait la ville d’Oran par une douce après-midi de printemps. Ce 5 avril 1949 restera à jamais gravé dans la mémoire nationale comme l’un de ces instants où le destin bascule. Ce jour-là, au cœur du bureau de poste d’Oran, une poignée de patriotes, membres de l’Organisation spéciale (OS), le bras armé du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques, osaient l’impensable : un coup audacieux pour financer l’acquisition d’armes. Ce raid allait devenir une pierre angulaire de la préparation de l’insurrection armée, prélude direct à la glorieuse Révolution du 1er Novembre 1954.
Pour mesurer l’importance de cet acte, il faut se replonger dans le contexte de l’époque. La répression coloniale était impitoyable, et le besoin de moyens pour lutter contre l’occupant se faisait cruellement sentir. L’idée première était de dévaliser un train reliant Oran à Béchar, qui transportait régulièrement des fonds. Mais c’est finalement le bureau de poste d’Oran qui fut choisi, pour des raisons de faisabilité et de moindre risque. Le pari était risqué, mais la cause était juste.
À la tête de ce commando d’exception se trouvaient des noms qui résonnent aujourd’hui comme des symboles : Hocine Aït Ahmed, Ahmed Ben Bella, Hamou Boutlelis, Belhadj Bouchi, Ben Allal, Souidani Boudjemâa, Mohamed Khider, Benaoum, et l’exécutant Bouchaib.
Tous étaient animés par une même flamme : celle de libérer leur patrie du joug colonial. Leur plan était aussi ingénieux que courageux. Pour brouiller les pistes de la police française, ils décidèrent de faire porter le chapeau à un célèbre malfaiteur européen, surnommé «Pierrot le Fou».
Ainsi, l’attention des enquêteurs serait détournée. Mais le véritable héros de l’ombre fut Djelloul Nemich, connu sous le nom de «Bekhti». Employé au bureau de poste et membre secret de l’Organisation spéciale, il mit à profit sa connaissance des lieux et sa discrétion absolue pour permettre au commando
d’atteindre son objectif. Sans son appui silencieux et déterminant, l’opération n’aurait probablement pas connu un tel succès.
Le butin escompté était de 30 millions de francs français. Au final, ce sont 3,178 millions qui furent récupérés. Une somme bien moindre, mais ô combien précieuse.
Confiée à Mohamed Khider, alors député, cette manne financière fut habilement transférée hors d’Algérie. Elle servit ensuite à acheter pas moins de 700 armes, qui furent entreposées dans les massifs
montagneux de l’Aurès.
Ces fusils, ces mitrailleuses, ces explosifs allaient plus tard équiper les premiers maquisards et donner le signal du déclenchement de la lutte armée le 1er novembre 1954.
Ce raid sur le bureau de poste d’Oran n’est pas un simple fait divers.
C’est un acte fondateur, un modèle de planification stratégique et de bravoure collective. Il illustre la détermination sans faille des militants nationalistes à tout mettre en œuvre pour briser les chaînes de la colonisation. Récemment, une conférence nationale organisée par le Laboratoire des études maghrébines, en partenariat avec l’université d’Oran 1 Ahmed-Ben-Bella, la Direction des moudjahidine et le musée de la wilaya du moudjahid, a rendu hommage à cet événement.
Les intervenants ont rappelé avec émotion chaque étape de ce raid, de sa conception audacieuse à son exécution millimétrée.
Aujourd’hui, en se souvenant de ces héros, nous saluons leur courage, leur intelligence et leur abnégation.
L’opération du bureau de poste d’Oran demeure un phare dans la nuit coloniale, une preuve éclatante que la liberté se conquiert par l’audace et la foi en l’avenir.
Puissent les jeunes générations puiser dans cet exploit l’inspiration nécessaire pour bâtir une Algérie toujours plus fière et souveraine. Le sacrifice de ces patriotes ne sera jamais oublié. Leur geste, soixante-dix-sept ans plus tard, continue d’illuminer notre chemin.
M. M.