Le continent africain est en train de vivre une mutation énergétique silencieuse mais fulgurante, portée par une vague de panneaux solaires made in China. Selon le dernier rapport Global Electricity Review 2026 du cabinet Ember, les importations de panneaux solaires en Afrique ont bondi de 48% en une seule année, passant de 12,7 GW en 2024 à 18,8 GW en 2025.
Pour donner une idée de l’ampleur, ce volume représente près de trois fois la capacité du grand barrage de la Renaissance éthiopien.
Derrière cette poussée, une locomotive se distingue : l’Algérie. Avec 2,1 GW importés en 2025, le pays se hisse au deuxième rang continental, juste derrière l’Égypte (2,3 GW) et devant des géants comme le Nigeria, la RDC et l’Afrique du Sud. Mais ce qui frappe le plus, c’est la vitesse : en l’espace d’un an, les importations algériennes ont été multipliées par six.
Une progression vertigineuse qui place l’Algérie parmi les territoires où le solaire pousse le plus vite sur le continent. Ces panneaux ne restent pas dans des entrepôts : ils sont destinés à 22 centrales solaires photovoltaïques d’une capacité totale de 3,2 GW actuellement en construction à travers le pays, avec déjà deux centrales de 400 MW mises en service à Biskra et El Meghaïer. Ce décollage algérien s’inscrit dans une dynamique africaine plus large : quinze pays importent désormais chacun plus de 0,3 GW, et dix autres – dont le Maroc, le Kenya, le Sénégal, la Tunisie et le Cameroun – ont franchi ce seuil.
Pourquoi une telle accélération ? La réponse tient en deux mots : prix et débouchés. Les panneaux chinois sont devenus si compétitifs que, face aux barrières commerciales dressées par les États-Unis et l’Union européenne, les industriels de Pékin ont massivement réorienté leurs exportations vers l’Afrique.
Résultat : «Les panneaux chinois sont significativement moins chers que ceux des autres fournisseurs asiatiques», résume un expert du secteur.
À l’échelle mondiale, le rapport Ember confirme une bascule historique : la production d’électricité issue des fossiles est restée stable en 2025, tandis que les renouvelables ont absorbé toute la croissance de la demande. Le solaire, à lui seul, a contribué à 75% de cette hausse, atteignant 8,7% du mix électrique mondial, devant l’éolien (8,5 %).
Grâce aux progrès du stockage par batteries, l’énergie solaire peut désormais répondre aux pics de consommation et réduire la dépendance aux énergies fossiles. Dans un monde marqué par des tensions chroniques sur les circuits pétroliers et gaziers, l’Afrique, et l’Algérie en tête, ne se contentent plus de subir la crise énergétique : elles bâtissent leur souveraineté à coups de panneaux et de photons.
A. G
2,1 GW importés en un an: Algérie, nouveau géant africain du solaire

