1 000 mégawatts de vent pour sortir de l’ère du gaz: La grande mue énergétique de l’Algérie

L’Algérie amorce un tournant stratégique majeur. Longtemps cantonnée au rôle de puissance gazière, elle se prépare à devenir un acteur de premier plan dans les énergies renouvelables, et plus particulièrement l’éolien. Un projet ambitieux vise à développer 1 000 mégawatts de capacité éolienne répartis sur dix sites, d’Adrar à Tindouf en passant par In Salah.
Ces régions, longtemps perçues comme hostiles, possèdent en réalité un potentiel venteux exceptionnel, confirmé par les atlas nationaux et les études techniques.
Mené en collaboration avec la Banque mondiale, ce programme ne se limite pas à ajouter des mégawatts au réseau électrique. Il ambitionne de créer une véritable filière industrielle nationale, avec des retombées économiques locales.
Le secrétaire d’État chargé des énergies renouvelables, Noureddine Yassaa, a rappelé que ce projet s’inscrit dans le programme national visant à produire 15 000 mégawatts d’énergies propres d’ici 2035.
Il est accompagné d’un autre programme solaire de 3 000 mégawatts, avec un taux d’intégration locale de 35%. Selon les estimations, chaque avancée significative dans les renouvelables permettrait d’économiser plus d’un million de tonnes de gaz par an et de réduire considérablement les émissions de carbone. Pour comprendre l’ampleur de l’ambition, il faut revenir à juin 2014, à Adrar, où a été inaugurée la première ferme éolienne algérienne, Kabertène, d’une puissance de 10,2 mégawatts.
Dès sa première année, elle a produit près de 19 gigawattheures, prouvant que le désert algérien n’est pas seulement riche en hydrocarbures, mais aussi en vents réguliers et puissants.

Un potentiel vertigineux de 7 700 gigawatts
Selon un rapport de la Banque mondiale, le potentiel technique éolien de l’Algérie atteindrait 7 700 gigawatts, un chiffre théoriquement suffisant pour couvrir plusieurs fois les besoins électriques de l’Afrique.
Les zones les plus prometteuses s’étendent des Hauts Plateaux au Grand Sud, avec des vitesses de vent comprises entre 6 et 11 mètres par seconde, idéales pour une production rentable.
Les études récentes identifient également des sites favorables à Tamanrasset, Djanet, Béchar, mais aussi dans le Nord comme Sétif ou Tiaret.

Une révolution technologique au service du pays
L’histoire éolienne de l’Algérie ne date pas d’hier – un premier aérogénérateur avait été installé dès 1957 – mais la technologie a radicalement changé.
Les éoliennes modernes, bien plus puissantes et fiables, rendent l’éolien compétitif face au gaz, avec des coûts de production pouvant descendre à 5-6,5 dinars par kilowattheure dans les meilleurs sites.
L’Algérie ne renie pas ses hydrocarbures, mais elle les complète.
Les 1 000 mégawatts de vent ne sont qu’une première étape. Si les conditions de financement et de transfert de technologie sont réunies, le Sahara pourrait devenir, d’ici une décennie, l’une des grandes中央es électriques vertes de la Méditerranée.
Le vent, autrefois contrainte du désert, devient une ressource stratégique nationale.
Lotfi L.-E.