Le sort d’un cinquième du commerce pétrolier mondial pourrait se jouer dans les prochaines heures.
Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a laissé entendre, hier mardi, qu’un accord entre Washington et Téhéran pourrait être scellé pour rouvrir le détroit d’Ormuz à la navigation internationale, après cinq mois d’une guerre qui a bouleversé les marchés de l’énergie et la sécurité du Golfe.
Invité de l’émission «Squawk Box» sur CNBC, Bessent a affirmé que les États-Unis et l’Iran pourraient parvenir à un accord permettant aux navires commerciaux de circuler librement dans le détroit.
Il a précisé que Washington et Téhéran sont activement engagés dans des négociations visant à rétablir un passage commercial normal à travers cette voie maritime stratégique, par laquelle transitent d’ordinaire d’immenses volumes d’hydrocarbures destinés aux marchés mondiaux.
Interrogé sur l’éventualité de droits de passage que Téhéran pourrait imposer aux navires, le responsable américain a été catégorique : la liberté de circulation serait totale.
Bessent a par ailleurs reconnu que la situation restait tendue sur le terrain ces derniers jours, tout en notant qu’un nombre significatif de navires avaient déjà pu quitter la zone.
Ces déclarations ont immédiatement pesé sur les cours du brut : les contrats à terme sur le pétrole américain ont chuté d’environ 3%, repassant sous la barre des 78 dollars le baril.
Le grand argentier américain table sur une poursuite de cette détente dès la réouverture effective du détroit, évoquant des centaines, voire un millier de navires actuellement immobilisés dans la région et prêts à en sortir. Selon lui, l’enjeu dépasse largement le seul pétrole : engrais, produits raffinés et gaz industriels pourraient eux aussi bénéficier d’un allègement notable des prix une fois le trafic rétabli. Cette annonce intervient dans un contexte particulièrement lourd.
Le détroit d’Ormuz est fermé, par intermittence, depuis fin février, lorsque la guerre entre l’Iran d’une part, et les États-Unis et Israël d’autre part, a éclaté à la suite de frappes ayant notamment coûté la vie au guide suprême iranien. En représailles, Téhéran avait interdit tout passage aux navires étrangers, plongeant le monde dans une crise énergétique dont les effets se sont fait sentir bien au-delà du Golfe.
Un premier accord avait pourtant semblé se dessiner : un mémorandum d’entente signé le 17 juin dernier entre les deux pays prévoyait déjà la réouverture du détroit. Mais ce texte avait volé en éclats quelques semaines plus tard, les deux capitales ne parvenant pas à s’entendre sur l’itinéraire que devraient emprunter les navires. Téhéran exigeait que le trafic passe par ses eaux territoriales, tandis que des attaques contre des pétroliers transitant sous protection militaire américaine, le long des côtes omanaises, avaient conduit Washington à relancer plus d’une dizaine de vagues de frappes et à réimposer son blocus naval contre l’Iran. C’est dans ce climat que le président américain Donald Trump avait averti, ces derniers jours, que ce nouveau round de négociations constituait la «dernière chance» de mettre fin au conflit, après avoir affirmé avoir lui-même suspendu une offensive de grande ampleur contre l’Iran pour laisser une chance à la diplomatie.
Selon des informations rapportées de sources iraniennes, un plan provisoire serait actuellement à l’étude avec le sultanat d’Oman : il accorderait à Téhéran un droit de regard complet sur les navires sortants, ceux-ci devant emprunter la route reliant les eaux iraniennes et omanaises, Mascate ne les autorisant à quitter la zone qu’après en avoir informé l’Iran.
Un arrangement qui donnerait à la République islamique une visibilité totale sur le trafic sortant, et la capacité d’intervenir si elle le jugeait nécessaire une option que Téhéran, selon ces mêmes sources, ne serait guère disposé à troquer contre une autre formule.
Reste à savoir si cette nouvelle fenêtre diplomatique tiendra ses promesses, ou si, comme lors du précédent épisode de juin, l’espoir d’un apaisement s’effondrera de nouveau sur l’écueil des modalités concrètes du passage. Les marchés, eux, ont déjà choisi d’y croire au moins pour aujourd’hui .
Malik M.
Vers une réouverture du détroit d’Ormuz ? Washington et Téhéran à un pas d’un accord historique
