Réunis à Oran pour une rencontre régionale consacrée à la gestion des documents d’activité et aux archives des collectivités locales à l’heure du numérique, responsables et spécialistes ont entendu le directeur général des Archives nationales, le Dr Mohamed Bounâama, plaider pour une idée simple : on ne modernise pas une administration sans d’abord mettre de l’ordre dans sa mémoire.
Organisée conjointement par la Direction générale des Archives nationales et les services de la wilaya, la rencontre a donné lieu à un discours sans détour sur ce que représente réellement un document administratif.
Pour M. Bounâama, un document n’est pas un simple papier destiné à dormir dans un carton. C’est une information vivante dès l’instant où il est produit, qui nourrit les décisions, garantit la transparence et assure la continuité des institutions.
Il lui reconnaît aussi une portée politique, stratégique et économique, jusqu’à la protection des intérêts supérieurs de l’État. Dans cette logique, la transformation numérique de l’administration algérienne ne saurait réussir sans une organisation rigoureuse du fonds documentaire et sa protection selon les normes en vigueur. Le responsable a ensuite annoncé un chantier d’envergure : un recensement précis et une cartographie complète des archives conservées dans les collectivités locales, en particulier les documents hérités d’avant 1962.
Une application informatique sera mise en place auprès du ministère de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports pour dresser l’inventaire des fonds détenus en Algérie. Elle doit aussi faciliter la récupération des archives nationales et des pans de l’histoire du pays conservés à l’étranger, notamment ceux de la période coloniale concentrés dans les trois grandes villes, Constantine à l’est, Alger au centre et Oran à l’ouest, une répartition qui reprend l’organisation héritée de l’époque ottomane.
Le cadre juridique devrait lui aussi évoluer. Un texte consacré au numérique, comprenant un chapitre entier sur l’archivage électronique, est en préparation, de même que des dispositions destinées à protéger la mémoire nationale, en application des instructions du président de la République.
Enfin, M. Bounâama a insisté sur un point décisif, celui des femmes et des hommes qui font vivre les archives. Former le personnel et repenser l’organisation des services, en particulier dans les communes, est selon lui indispensable pour répondre aux exigences de la numérisation et de la mondialisation, et pour que les collectivités puissent écrire et valoriser leur propre histoire.
F. H.
Rencontre régionale d’Oran sur la gestion documentaire des collectivités locales : l’Algérie veut retrouver ses archives
