Municipales du 28 novembre : L’ANIE rassure les partis, l’article 184 au cœur des discussions

A moins de trois mois des élections locales du 28 novembre, l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE) a tenu à rassurer les états-majors des partis politiques.
Reçus par son président, Saâd Arous, les représentants des différentes formations sont venus à cette rencontre avec, en bandoulière, les enseignements tirés des dernières législatives, et un besoin pressant de clarifications sur plusieurs points qui avaient fait polémique, au premier rang desquels le nomadisme politique et l’application de l’article 184.

L’Autorité a d’abord tenu à lever une ambiguïté de taille. Contrairement aux législatives, les candidats aux assemblées populaires communales et de wilaya ne seront pas soumis à la même interdiction de circulation entre formations politiques.
Une souplesse qui permettra aux candidats de passer d’un parti à un autre dans le respect des seules règles fixées par la loi, loin des crispations qu’avait suscitées le verrouillage imposé lors du dernier scrutin législatif.

Mais c’est bien l’article 184 de la loi organique relative au régime électoral, pendant local de l’article 200 applicable aux législatives, qui a cristallisé l’essentiel des échanges.
Cette disposition, qui avait donné lieu à de nombreux rejets de candidatures lors du précédent scrutin en raison de soupçons de liens avec l’argent sale ou de dossiers jugés litigieux, continue de susciter l’inquiétude des partis. Sans réclamer l’abrogation d’un texte qu’ils jugent légitime, leurs représentants ont unanimement demandé des garanties sur ses modalités d’application, plaidant pour un traitement rigoureux mais dénué de tout excès.

C’est précisément le message qu’a porté le cadre du Front El Moustakbal, Fatah Brikat, qui a déclaré avoir soulevé, au nom de son parti, la question de l’application des articles 184 et 200, ainsi que les mécanismes de communication avec les commissions de wilaya lors du retrait et du dépôt des dossiers de candidature.
Loin de contester le texte lui-même, a-t-il précisé, le parti demande simplement qu’il soit appliqué sans arbitraire, rappelant que des recours existent déjà chez d’anciens candidats et insistant sur la nécessité d’ouvrir la voie à une participation la plus large possible, sans exclusion délibérée.
Le Front El Moustakbal a par ailleurs évoqué la participation des femmes dans certaines wilayas ainsi que la formation et le suivi des encadreurs du scrutin, et a remis à l’Autorité une note technique détaillant ses propositions pour préserver la légitimité du processus électoral.

Du côté du Mouvement de la société pour la paix, le vice-président de l’instance électorale nationale du parti, Laïssaoui Saâd, a salué la tenue de cette rencontre, qu’il a présentée comme une occasion de mettre sur la table les dossiers qui avaient marqué les dernières législatives, à commencer par l’application des articles 200 et 184, plaidant lui aussi pour une mise en œuvre rigoureuse mais non arbitraire, afin d’éviter que ne se répètent les couacs du précédent scrutin.

Pour lui, le traitement de ces préoccupations conditionne directement la restauration de la confiance des électeurs, notamment des jeunes, et la lutte contre l’abstention, tout en appelant à renforcer la formation des encadreurs et des coordinateurs communaux, et à unifier la jurisprudence sur les questions techniques liées au processus électoral, l’Autorité s’étant montrée, selon lui, disposée à examiner ces propositions et à corriger les dysfonctionnements constatés.

Le Front de libération nationale n’a pas été en reste. Son secrétaire général, Abdelkrim Bensabra, a présenté une série de préoccupations et de propositions liées à la préparation des municipales, accompagnées d’une note écrite détaillant les insuffisances relevées par le parti lors des dernières législatives, tout en réaffirmant la disponibilité du FLN à coordonner avec l’Autorité indépendante pour garantir l’intégrité et la transparence
du scrutin.
Dans un communiqué, Bensabra a insisté sur l’importance des élections locales, présentées comme une étape essentielle dans la gestion des affaires locales et le renforcement de la confiance des citoyens envers les assemblées élues.
De son côté, Saâd Arous a tenu à souligner, tout au long de la rencontre, l’attention que porte l’Autorité aux préoccupations des différents partis, assurant qu’elles seraient traitées conformément à la loi, dans le souci de garantir l’intégrité du scrutin et l’égalité des chances entre tous les compétiteurs.
Reste désormais à savoir si ces engagements se traduiront, sur le terrain, par une application apaisée des dispositions les plus sensibles de la loi électorale, à quelques semaines seulement d’un rendez-vous que tous les partis présentent comme décisif pour la gestion des affaires locales.

Lotfi L.-E.