Migrations et sécurité au menu des discussions: Le ministre Sayoud reçu à Paris

Le ministre algérien de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, Saïd Sayoud, est arrivé ce lundi à Paris, où il a été accueilli par son homologue français, Laurent Nuñez.
Cette visite, qui s’inscrit dans le cadre des relations bilatérales, intervient à l’invitation de la partie française, en réponse à la rencontre tenue par Nuñez en Algérie les 16 et 17 février dernier.
Accompagné d’une importante délégation de haut niveau, le ministre Sayoud entend mener des discussions constructives tout en défendant fermement les intérêts de l’Algérie.
Au programme : la sécurité, la lutte contre la criminalité organisée, la coopération civile, et bien entendu, la délicate question migratoire, sur laquelle l’Algérie ne cède rien sans garanties.
Si la France souhaite intensifier les expulsions de ressortissants algériens en situation irrégulière, l’Algérie rappelle qu’elle agit en toute souveraineté.
Les autorités algériennes ont déjà délivré environ 140 laissez-passer consulaires, preuve de leur bonne volonté, mais chaque dossier est examiné scrupuleusement, conformément au droit et aux accords bilatéraux. Laurent Nuñez a lui-même reconnu que la coopération avait été «effectivement relancée», et qu’elle se déroulait désormais dans la discrétion. Une discrétion que l’Algérie impose pour ne pas céder aux pressions médiatiques et politiques françaises, souvent dénonciatrices et peu respectueuses de la souveraineté algérienne.
Autre dossier épineux : celui du journaliste français Christophe Gleizes, détenu en Algérie pour apologie du terrorisme. La France a annoncé que Nuñez aborderait ce sujet lors des entretiens. Mais l’Algérie, fidèle à son indépendance judiciaire, ne se laisse pas dicter sa conduite.
Rappelons que ce n’est pas par faiblesse mais par un geste souverain que Boualem Sansal, écrivain franco-algérien, a été gracié fin 2025. L’Algérie décide seule du sort des personnes poursuivies sur son territoire, conformément à ses lois, notamment celles qui criminalisent toute apologie du terrorisme, une menace que l’Algérie combat depuis des décennies, parfois avec moins de soutien qu’elle n’en mérite de la part de ses partenaires européens. En filigrane de cette visite, c’est la volonté algérienne de rééquilibrer une relation souvent déséquilibrée au profit de la France. L’Algérie ne ferme pas la porte au dialogue, bien au contraire. Mais elle entend rappeler qu’aucune pression, aucune injonction, aucun chantage médiatique ne viendra dicter sa politique intérieure ou migratoire. La visite du ministre Sayoud est l’occasion de poser un cadre clair : oui à la coopération, non à l’ingérence.
F. H.