L’hécatombe routière: Jusqu’à quand l’Algérie comptera-t-elle ses morts ?

Vendredi matin, un autocar de transport de voyageurs a quitté la route au niveau de la voie d’évitement de Berrahmoune-El-Karma, dans la daïra de Boumerdès, avant de basculer dans un ravin.
En quelques minutes, les services de la Protection civile étaient sur place. En quelques heures, tout un pays s’est mis en mouvement.

Un pays en deuil
Le président Abdelmadjid Tebboune a décrété trois jours de deuil national à compter de vendredi dernier, avec mise en berne de l’emblème sur l’ensemble du territoire. Dans son message, le chef de l’État a évoqué les «criminels et terroristes de la route», promettant que la justice frapperait sans indulgence une fois les circonstances du drame établies.
Il a présenté ses condoléances aux familles et formé des vœux de rétablissement pour les blessés.
Chargé par le président, le Premier ministre Sifi Ghrieb s’est rendu dès vendredi dernier sur le terrain, à la tête d’une délégation ministérielle comprenant le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports Saïd Sayoud, ainsi que le directeur général de la Sûreté nationale Ali Badaoui.
Il a visité l’hôpital de 240 lits de Boumerdès avant de se rendre à l’établissement Salim-Zemirli d’El Harrach, pour s’enquérir sur place des conditions de prise en charge des victimes.

La course contre la montre dans les hôpitaux
Dès les premières alertes, le dispositif d’urgence s’est activé dans plusieurs établissements de la capitale.
À l’EPH Salim-Zemirli d’El Harrach, la mobilisation a été totale : des médecins et personnels paramédicaux qui n’étaient pas de service ont rejoint spontanément l’hôpital pour renforcer les équipes.
Le directeur général de l’établissement, Redouane Fetah, a assuré que tous les moyens humains et matériels avaient été mis à contribution pour offrir aux blessés les meilleurs soins. L’hôpital a accueilli dans un premier temps dix blessés, certains transférés directement au bloc opératoire, d’autres pris en charge dans les services spécialisés. Au CHU Mustapha-Pacha, établissement de référence, les services des urgences, de chirurgie et de réanimation ont été placés en état d’alerte.
Des membres du gouvernement s’y sont rendus, comme à Zemirli, pour vérifier que tous les moyens nécessaires étaient bien mobilisés. À l’hôpital de Bab El Oued, le directeur général Nafaa Tati a évoqué le cas d’un adolescent de seize ans, admis sans fracture et dont l’état a été jugé stable. Là aussi, la mobilisation des équipes a été exceptionnelle dès les premières heures suivant l’accident.
Derrière ces chiffres, ce sont des dizaines de médecins, chirurgiens, infirmiers, anesthésistes, manipulateurs radio et agents de soutien qui se sont unis, en quelques minutes, autour d’un seul objectif : sauver des vies.

Le sang, cette solidarité qui ne se décrète pas
Dans les centres de transfusion sanguine de Boumerdès et d’Alger, Salim-Zemirli, Mustapha-Pacha, Lamine-Debaghine, l’affluence n’a pas faibli de la journée.
Des citoyens de tous âges sont venus faire la queue, patiemment, pour donner leur sang.
Le geste a un poids concret : une seule victime d’un accident de la route grave peut nécessiter jusqu’à cinquante poches de sang. Or ce produit ne se stocke pas indéfiniment, les globules rouges ne se conservent que quarante-deux jours ce qui rend les réserves hospitalières perpétuellement fragiles face à un afflux massif de blessés comme celui de Berrahmoune-El-Karma.
Ce réflexe collectif n’a rien d’inédit.
Il y a quelques jours à peine, face aux incendies qui ont ravagé plusieurs wilayas, les mêmes élans avaient permis d’épauler sinistrés et soldats du feu. Une cohésion qui semble se réactiver, intacte, à chaque épreuve nationale

Le Croissant-Rouge, en première ligne de l’accompagnement
Au-delà du don de sang, le Croissant-Rouge algérien a déployé d’importants moyens humains pour assurer l’accueil et l’orientation des familles au sein des structures hospitalières.
Ses bénévoles ont aussi assumé une mission moins visible mais tout aussi essentielle : le soutien psychologique aux proches, présents pour écouter et rassurer des familles frappées de plein fouet par le choc du drame.
Cet accompagnement s’est doublé d’une mobilisation institutionnelle, le ministère de la Solidarité nationale a déployé des cellules de proximité dans les hôpitaux pour la prise en charge psychosociale des familles, tandis que le ministère de la Jeunesse a ouvert deux maisons de jeunes, à Corso et à El-Karma, pour l’accueil des proches des victimes.

Sétif, dernière étape d’un adieu collectif
Sur instruction du président Tebboune, le ministre de l’Intérieur Saïd Sayoud et le ministre de la Santé Mohamed Seghir Aït Messaoudan se sont rendus hier samedi à Sétif pour superviser les obsèques de plusieurs victimes et présenter les condoléances aux familles.
Accueillis à l’aéroport du 8-mai-1945 par le wali de la wilaya et les autorités locales, sécuritaires et militaires, les deux ministres ont supervisé une cérémonie funèbre marquée par une émotion palpable.
L’hôpital mère-enfant de Sétif a réceptionné une première vague de douze corps, acheminés par les ambulances de la Protection civile vers la morgue de l’établissement.
Neuf autres dépouilles ont été remises aux familles à El Eulma, en vue de leur inhumation, dans une ambiance de deuil et de recueillement où proches et citoyens se sont rassemblés au cimetière de la ville.
Farid B.