L’affaire prend une tournure préoccupante pour Madrid. Selon des révélations du quotidien espagnol El Independiente, le Centre national du renseignement (CNI) a alerté le ministère de l’Intérieur sur l’entrée réussie de trois individus soupçonnés de liens terroristes dans la ville de Sebta, à la faveur de l’importante vague d’arrivées de migrants qu’a connue l’enclave fin juillet. Ce signalement est intervenu au lendemain d’une opération d’entrée massive et collective dans la ville, les informations disponibles sur ces trois personnes ayant depuis été transmises aux services compétents pour vérification, localisation et interpellation.
Le détail rapporté par le journal est d’une sensibilité particulière : il ne s’agit pas seulement d’une simple prise de connaissance, par le CNI, de l’ampleur du flux migratoire, mais bien d’une alerte transmise directement au ministère de l’Intérieur quant à la réussite de l’infiltration de trois individus présentant un profil terroriste. Sebta dispose pourtant d’un dispositif policier et de renseignement spécifiquement dédié au repérage des personnes susceptibles d’entretenir des liens avec des activités terroristes, notamment dans des quartiers sensibles comme celui d’El Príncipe, où des équipes sont chargées d’identifier et de surveiller en permanence les individus suspects.
El Independiente établit par ailleurs un rapprochement troublant entre le calendrier de cette intrusion à Sebta et l’annonce, par le roi Mohammed VI, d’une grâce royale ayant bénéficié à 1.788 personnes, dévoilée à la veille de la Fête du Trône, le 29 juillet — soit précisément à la veille de l’opération d’entrée massive dans l’enclave. Des sources sécuritaires citées par le journal estiment qu’il n’est pas exclu que certains bénéficiaires de cette grâce aient profité du chaos migratoire pour tenter de s’introduire à Sebta en se fondant dans la foule des arrivants, sans écarter l’hypothèse que les trois individus suspectés de terrorisme puissent compter parmi eux.
Le quotidien espagnol conclut que l’ensemble de ces événements remet sur le devant de la scène la question de la circulation de l’information entre les différents services concernés, renseignement, ministère de l’Intérieur, police nationale et Garde civile, et pose une interrogation de fond : que savait chaque institution, à quel moment l’a-t-elle su, et quelles mesures ont réellement été prises sur la base de ces informations ?
Cette affaire relance par ailleurs un débat plus ancien sur la place du Maroc dans les filières du terrorisme visant l’Europe et l’Afrique. Plusieurs rapports officiels et sécuritaires ont, par le passé, pointé le nombre croissant de ressortissants marocains ayant rejoint des groupes terroristes en Syrie et en Irak, ainsi qu’au Sahel et plus largement sur le continent africain, un phénomène que des observateurs relient aux réseaux de trafic de drogue et d’êtres humains.
Les attentats de Madrid refont polémique après les déclarations de Federico Trillo, qui évoque une implication marocaine.
M.M
Les services de renseignement espagnols alertent sur l’infiltration de trois terroristes: Crise migratoire à Sebta : l’ombre du terrorisme
