La décision souveraine plébiscitée : «L’Algérie rompt avec qui elle veut»

La rupture des relations diplomatiques entre Alger et Abou Dhabi, annoncée ce week-end, a suscité une vague d’adhésion dans le débat public algérien. Sur les ondes de la Chaîne 1, universitaires et analystes ont salué une décision mûrement réfléchie, aboutissement d’années de provocations émiraties restées sans réponse diplomatique satisfaisante.

C’est un choix qui ne doit rien à l’improvisation. Pour le professeur Idris Attia, enseignant en sciences politiques et relations internationales, la rupture des relations diplomatiques entre l’Algérie et les Émirats arabes unis s’inscrit dans la continuité d’un long processus, marqué par l’accumulation de comportements hostiles de la part du régime d’Abou Dhabi.

Selon lui, les Émirats ont cherché à peser sur la situation intérieure algérienne et à fragiliser la position régionale du pays, une ambition qu’Alger dit avoir observée à plusieurs reprises et sur plusieurs terrains.
L’universitaire rappelle que les avertissements n’ont pas manqué. Des lignes rouges avaient été formulées à maintes reprises par l’Algérie, notamment par voie médiatique, sans que ces mises en garde ne suffisent à infléchir la politique émiratie.

La rupture des relations vient ainsi sanctionner l’épuisement des voies diplomatiques : pour Idris Attia, elle confirme que le dialogue, sous toutes ses formes, n’était plus en mesure de produire d’effet entre les deux pays. Il y voit également le signe d’un rapport de force assumé par Abou Dhabi contre des puissances régionales aux ambitions stratégiques affirmées, l’Algérie en tête, qui refuse toute course à la normalisation et tout cautionnement de ce type de démarche.

Le chercheur va plus loin dans l’analyse des motivations émiraties, évoquant un rôle fonctionnel joué, selon lui, au profit de l’entité sioniste et de certaines puissances occidentales, au service de forces qui chercheraient à fragmenter la région arabe.

Il cite à l’appui les positions d’Abou Dhabi au sein de l’OPEP+, sa politique dans le Golfe et ses activités en Afrique, notamment dans la bande sahélienne. Une lecture partagée par les spécialistes des médias.

De son côté, le professeur Hakim Boughrara, enseignant en sciences de l’information et de la communication, salue la clarté du communiqué publié par le ministère algérien des Affaires étrangères, qu’il juge exhaustif dans l’exposé du dossier.

Il souligne la retenue dont l’Algérie a fait preuve face à des provocations répétées, imputées à un partenariat qu’il qualifie d’alliance entre les Émirats, l’entité sioniste et le régime marocain. Malgré les avertissements successifs, ces provocations et ces menaces contre la sécurité nationale algérienne se seraient poursuivies, dans une logique où les relations internationales seraient traitées comme un objet de chantage et de marchandage des consciences.

C’est cet attachement constant au principe de souveraineté, selon Boughrara, qui a fini par conduire à la rupture. Une décision saluée par la rue et par la classe politique.

Au-delà du cercle universitaire, c’est l’ampleur de l’adhésion populaire et politique qui retient l’attention des deux intervenants. Idris Attia y voit la preuve d’une cohésion solide entre les institutions de l’État et une société unanime à rejeter toute atteinte aux intérêts souverains du pays.

Toutes les tendances politiques, sans exception, auraient insisté sur un point : cette rupture relève d’une décision qui n’appartient qu’à l’Algérie. «L’Algérie est souveraine dans ses décisions : elle développe ses relations avec qui elle veut et les rompt avec qui elle veut», résume-t-il.

Hakim Boughrara partage cette lecture et y ajoute une dimension internationale : le soutien affiché de par le monde à la position algérienne confirmerait, selon lui, un rejet plus large des pratiques émiraties, désormais exposées au grand jour.

Lotfi L.-E.