La candidate à la présidentielle française Ségolène Royal est montée au créneau contre ce qu’elle qualifie de relents coloniaux persistants et de promotion délibérée de «l’algérophobie» au sein d’une partie de la classe politique française. Une posture qui, selon elle, détourne l’attention des véritables urgences du pays.
L’envolée de la dette publique, le recul de la France dans les classements éducatifs internationaux, la fragilité du système de santé et le dossier explosif des retraites.
S’exprimant dimanche soir sur les ondes d’Algérie internationale, l’ancienne ministre, qui préside par ailleurs l’association France-Algérie, a affirmé qu’il relevait de sa responsabilité de défendre un rapprochement entre les deux rives et de reconstruire des partenariats durables entre Paris et Alger.
Royal n’a pas ménagé ses critiques envers un ancien Premier ministre français, également candidat à la présidentielle, qu’elle accuse d’instrumentaliser les accords de 1968.
Un dossier qu’elle juge, selon elle, totalement déconnecté des préoccupations réelles des Français. Elle a par ailleurs affirmé qu’elle ne laisserait pas l’algérophobie devenir un argument de campagne, estimant qu’une telle dérive desservirait en réalité les intérêts mêmes de la France.
La candidate a également relevé que plusieurs pays, dont l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie et les États-Unis, s’emploient activement à approfondir leurs partenariats économiques avec l’Algérie, tandis que certains milieux français persistent, selon elle, dans une rhétorique hostile envers ce pays.
Elle a par ailleurs pointé du doigt une classe politique française qu’elle juge encore prisonnière du passé colonial à des fins purement électoralistes, une stratégie qui, selon elle, ne sert en rien les intérêts de la France.
Royal s’est également opposée à toute réactivation des tensions entre les pays de la rive sud de la Méditerranée, appelant Paris à ne pas s’immiscer dans ces différends et à œuvrer plutôt au rapprochement entre les nations de la région.
La candidate est allée plus loin, accusant une partie des responsables politiques français de chercher des boucs émissaires plutôt que de s’attaquer aux véritables priorités du pays, visant en particulier ceux qui, selon elle, ont échoué à bien gouverner lorsqu’ils étaient au pouvoir.
Elle a appelé à une gestion plus rigoureuse de l’État et à ce que les responsables rendent véritablement compte de leur bilan.
Sur le dossier algérien proprement dit, Ségolène Royal a assuré que les diplomates français eux-mêmes sont conscients qu’une politique hostile envers Alger ne sert pas les intérêts de Paris, mais que leurs positions peinent à trouver écho auprès des décideurs politiques. Elle a insisté sur la transformation économique de l’Algérie et sur la qualité de sa jeunesse, qu’elle a qualifiée d’«excellemment formée», plaidant pour un respect plein et entier de sa souveraineté diplomatique.
Selon elle, la reconstruction de relations apaisées avec Alger revêt un caractère urgent, compte tenu du poids de l’Algérie, premier pays par la superficie du continent africain, de sa position de porte d’entrée vers l’Afrique et de son rôle potentiel en matière de coopération sécuritaire. Elle a affirmé qu’elle œuvrerait en ce sens si elle accédait à la présidence.
Royal a également évoqué les dommages infligés aux partenariats économiques par la dégradation des relations bilatérales, relevant que plusieurs chefs d’entreprises algériens se sont depuis tournés vers d’autres marchés.
Enfin, la candidate a affirmé que son premier geste, en cas d’accession à la présidence, serait la restitution des biens culturels pillés, y compris les effets personnels de l’Émir Abdelkader, ainsi que la restitution des archives, notamment celles liées aux essais nucléaires français.
Lotfi L.-E.
La candidate à la présidentielle française plaide pour une refondation des relations franco-algériennes : Ségolène Royal dénonce l’«algérophobie» ambiante
