L’Algérie célèbre ce lundi la Journée mondiale de l’Afrique dans un contexte particulier. Alors que le continent fait face à des défis multiples insécurité, dettes, changement climatique, pressions géopolitiques, Alger affiche ses ambitions et son leadership.
Sous l’impulsion du président Abdelmadjid Tebboune, le pays s’impose comme un acteur incontournable, porté par une «diplomatie de la réalisation» qui entend faire de l’Afrique un continent sûr, intégré et enfin libéré des injustices historiques. Loin des discours convenus, l’Algérie agit sur tous les fronts : paix, économie, mémoire, infrastructures.
Des solutions africaines pour sortir l’Afrique des crises
La première urgence, pour l’Algérie, c’est la paix. Sans stabilité, aucun développement n’est possible. Face à la multiplication des menaces transcontinentales, trafics d’armes et de drogue, traite des êtres humains, immigration illégale, terrorisme, Alger a fait de la sécurité sa priorité absolue.
Au sein du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine (UA), elle défend bec et ongles le principe des «solutions africaines aux crises africaines».
Une conviction ancrée dans les réalités du continent : la sécurité de l’Algérie est indissociable de celle du reste de l’Afrique. Ce n’est pas une position de principe, c’est une nécessité géographique et humaine. La stratégie algérienne, impulsée par le président Tebboune, privilégie les approches politiques et développementales plutôt que le seul volet sécuritaire.
L’idée est simple mais profonde : on ne combat pas durablement le terrorisme avec des balles seules. Il faut offrir aux jeunes des perspectives, des emplois, de la dignité.
C’est pourquoi des projets économiques structurants sont lancés pour éradiquer l’extrémisme à la racine, tout en donnant à l’Afrique le décollage économique qu’elle attend depuis si longtemps. L’Algérie mise sur le développement comme rempart contre l’instabilité, une approche qui fait son chemin dans les capitales africaines.
Une diplomatie tous azimuts pour peser sur la scène continentale
L’Algérie ne se contente pas de belles déclarations. Son dernier mandat au Conseil de sécurité des Nations unies a été entièrement consacré à la défense des intérêts africains, avec un plaidoyer constant pour la levée des injustices historiques infligées au continent.
Sur le plan économique, elle s’engage activement dans le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), considérant que l’intégration économique est la clé de voûte d’une Afrique souveraine. Mais c’est sur son sol que l’action algérienne prend toute sa dimension.
Alger a accueilli ces derniers mois des événements majeurs qui témoignent de sa capacité à rassembler.
La 4e édition du salon du commerce intra-africain (IATF 2025) a permis de connecter des milliers d’opérateurs économiques.
La 12e édition du séminaire de haut niveau sur la paix et la sécurité en Afrique, le fameux «Processus d’Oran», a réuni experts et décideurs autour des défis sécuritaires du Sahel et du Sahara.
L’Algérie a également abrité la conférence internationale sur les crimes du colonialisme en Afrique, un sujet longtemps tabou qu’elle a remis au cœur du débat continental. Sans oublier la conférence ministérielle africaine sur la production locale de médicaments et les technologies de santé, ainsi que le sommet africain des start-up et des télécommunications. Un agenda diplomatique dense qui témoigne d’un rayonnement retrouvé et d’une volonté de ne rien laisser aux marges.
Une «boussole stratégique» reconnue par ses pairs
Le sommet de l’UA de février dernier à Addis-Abeba a consacré ce leadership. Les pays membres ont adopté la Déclaration d’Alger sur les crimes du colonialisme, un texte historique qui reconnaît enfin l’ampleur des violences et des spoliations subies par le continent.
Ils ont également salué les efforts algériens pour l’intégration africaine. L’Algérie a depuis pris la présidence du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP), un organe clé pour la gouvernance et la transparence. Plusieurs cadres algériens occupent par ailleurs des postes importants au sein de l’UA, signe que le pays pèse désormais dans les instances de décision. Les visites se multiplient, preuve que la dynamique est en marche.
Le président de la Commission de l’UA, Mahmoud Ali Youssouf, a fait le déplacement à Alger.
Le secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique (CEA), Claver Gatete, également. Sans oublier une kyrielle de ministres africains des Affaires étrangères, venus échanger et coordonner leurs positions. Pour le professeur Idriss Attia, spécialiste des relations internationales, «ces visites représentent un aveu clair que la stabilité du continent passe par la diplomatie algérienne, devenue un partenaire stratégique fiable». L’Algérie, dit-il, est aujourd’hui le point de rencontre des pays qui veulent peser sur les grandes questions: réforme du Conseil de sécurité de l’ONU, défis sécuritaires au Sahel, avenir des relations Afrique-Union européenne. L’Algérie, forte de son héritage révolutionnaire, est devenue «une boussole stratégique» pour l’Afrique. Elle porte des projets transnationaux ambitieux, la route transsaharienne, le gazoduc transsaharien, le réseau de fibre optique, pour mettre fin à la dépendance vis-à-vis de l’étranger et connecter le continent à lui-même. Et elle défend sans relâche les causes africaines, au premier rang desquelles le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination, une position constante qui n’a jamais varié. Dans un monde qui bascule vers le multipolaire, l’Algérie se pose en leader capable de défendre les intérêts du continent et de plaider pour un ordre mondial respectueux des spécificités africaines. La Journée de l’Afrique 2026 ressemble ainsi, pour Alger, à une consécration. Mais aussi à un engagement renouvelé.
Fateh H.

