Le Premier ministre supervisera dans les prochains jours la remise en service de l’usine de production de plaquettes de frein de Reghaïa, à l’est d’Alger, anciennement connue sous le nom de Tahkout et récupérée par l’État dans le cadre des affaires de corruption.
Un geste qui illustre l’accélération de la stratégie gouvernementale visant à redonner vie au tissu industriel récupéré, en transformant des usines à l’arrêt depuis des années en unités productives capables de contribuer à l’émergence d’une véritable industrie automobile nationale, fondée sur la sous-traitance et un taux d’intégration locale renforcé.
Achevée en 2017, cette usine figure parmi les projets industriels les plus emblématiques mis à l’arrêt après l’implication de leurs anciens propriétaires dans des affaires de corruption, avant d’être reprise par l’État au nom d’une politique de valorisation des actifs industriels refusant de laisser dormir de gros investissements en dehors du circuit productif.
Dimensionnée pour une capacité annuelle avoisinant les 20 millions de plaquettes, elle devait initialement couvrir environ les deux tiers des besoins du marché national et générer près de 450 emplois directs, tout en réduisant la facture d’importation de cette pièce essentielle à la sécurité des véhicules.
Ce redémarrage prend un relief particulier à un moment où l’Algérie cherche à structurer un réseau national de sous-traitants capables d’approvisionner les usines de montage en composants fabriqués localement, plutôt que de continuer à dépendre presque exclusivement de l’importation.
Les plaquettes de frein comptent en effet parmi les pièces à forte valeur ajoutée, un maillon clé de la chaîne de production automobile.
Cette politique dépasse largement le seul cas de Reghaïa : des dizaines d’unités industrielles récupérées par décisions de justice définitives, à la suite d’affaires de corruption, sont concernées.
Les autorités ont fait le choix de les relancer plutôt que de les laisser à l’abandon, préservant ainsi investissements et emplois.
Cette relance industrielle s’inscrit dans une vision gouvernementale plus large de reconstruction de l’industrie mécanique, en particulier dans l’automobile et les pièces détachées.
Plusieurs grandes usines récupérées attendent ainsi leur tour, à commencer par l’ancienne usine Kia de Batna, l’une des installations les plus importantes du secteur par ses capacités de production, ainsi que l’ex-usine Hyundai de Tiaret également rattachée à l’ancien groupe Tahkout, l’usine Sofasa de Relizane et l’usine Suzuki de Saïda, sans oublier plusieurs unités de sous-traitance et de fabrication de composants mécaniques liées à ces projets. Autant de bases industrielles prêtes à être exploitées rapidement, une fois leur situation juridique et technique régularisée.
En parallèle de cette remise en route, l’Algérie intensifie ses efforts pour attirer des partenaires industriels internationaux. Fin juin, le pays a reçu une délégation de six groupes allemands de premier plan dans l’automobile et les pièces détachées, venus explorer des opportunités d’investissement et de partenariat, notamment dans la sous-traitance industrielle et l’intégration locale.
La visite officielle du président Tebboune en Allemagne a également marqué une étape importante, avec la signature d’un protocole d’accord entre Opel et un partenaire algérien pour un projet intégré de production locale de véhicules Opel, incluant pour la première fois la fabrication de moteurs de la marque allemande en Algérie — un projet appelé à dynamiser fortement l’industrie des composants et la demande adressée aux sous-traitants locaux.
L’Algérie poursuit par ailleurs ses échanges avec des partenaires asiatiques, ayant accueilli en juin et juillet des délégations malaisiennes et sud-coréennes, dont des représentants du groupe industriel Leoni et de Hyundai, venus discuter d’investissements et de partenariats industriels.
Ces derniers mois, la liste des pièces détachées produites localement s’est également élargie : batteries, câblage électrique, verre, câbles, filtres, huiles, pneus, pièces plastiques, certains composants métalliques et plaquettes de frein figurent désormais parmi les productions nationales, au service des usines de montage et du marché des pièces de rechange.
Les autorités entendent poursuivre l’élargissement progressif de cette liste, avec pour objectif d’atteindre des taux d’intégration plus élevés — condition, selon le gouvernement, pour bâtir une véritable industrie automobile fondée sur la production locale, et non le simple assemblage.
Samira A.
Industrie automobile: L’Algérie relance ses usines récupérées, Kia, Hyundai et Sofa sa dans le viseur
