Incendies de forêt : le MDN dévoile les ramifications d’un réseau présumé

Dès les premières heures des incendies de forêt qui ont récemment frappé plusieurs wilayas, les services de sécurité du ministère de la Défense nationale (MDN) ont ouvert leurs investigations. Selon leurs conclusions, rendues publiques ces derniers jours, les flammes n’auraient pas été que le fruit des vents et de la sécheresse. Elles révéleraient un complot ourdi depuis l’étranger par des ennemis du pays, avec la complicité de relais à l’intérieur, dans le but d’affaiblir l’Algérie et de porter atteinte à son unité.
Le dossier a pris une dimension publique samedi soir avec la diffusion d’un documentaire intitulé «Révélation des complots de la trahison et des réseaux de la collaboration» (Kachf makayid al-khiyana wa khouyout al-amala).

Le film a été proposé simultanément sur les chaînes de la Télévision algérienne, sur les ondes de la Radio nationale, sur les plateformes officielles du MDN et sur celle de l’Agence Algérie Presse Service. Cette diffusion à grande échelle donne la mesure du message que les autorités entendent adresser, celui d’une affaire qu’elles présentent comme touchant à la sécurité nationale.

Des aveux face caméra
Au cœur du documentaire, les témoignages d’individus impliqués dans le déclenchement des incendies. Ils font suite à l’arrestation de trois Algériens qui auraient directement mis le feu à des forêts dans les wilayas de Constantine et de Guelma, après avoir été exploités par des parties connues, selon la présentation officielle, pour leur hostilité envers le pays. Ces parties se seraient appuyées sur un homme désigné comme terroriste, Amir Boukhors, plus connu sous le pseudonyme d’«Amir DZ», pour exécuter leur plan.

Deux des mis en cause, Boutamina Abdelkrim et Amrani Abderraouf, ont reconnu leur lien direct avec ce dernier. Ils ont aussi admis des contacts avec trois autres figures que le MDN qualifie de terroristes traîtres, Larbi Zitout, Hichem Aboud et Karim Moulai. Leur méthode de recrutement, telle que décrite par le documentaire, repose sur la vulnérabilité sociale et sur l’appât du gain et du pouvoir. Ils feraient miroiter une richesse illusoire et de prétendues aides venues de l’étranger, en échange de missions subversives contre la sécurité et l’intégrité du pays.

Incendier les forêts, détruire les richesses et infliger de lourdes pertes aux ressources du peuple algérien figuraient en tête de ces missions. L’objectif, tel qu’il est exposé, tient en une phrase que le film attribue à Amir Boukhors lui-mêmen: «Il faut mettre le pays à feu».
Il s’agissait, selon le documentaire, de semer la discorde et d’instaurer un climat d’insécurité et d’instabilité au sein de la société, au service de ceux qui financent et qui donnent les ordres. Le chantage et les pressions exercés sur les victimes pour les contraindre à passer à l’acte figurent parmi les modes opératoires décrits.

Chantage, appartements et fuite en barque
Les investigations préliminaires dressent ensuite le portrait de plusieurs rouages du dispositif. Yacine Boulgroune aurait utilisé son métier de coiffeur comme couverture pour mener des activités suspectes avec Amir Boukhors et recruter des agents. En récompense de cette collaboration, il aurait reçu des appartements et des locaux commerciaux en Algérie comme en France, destinés au financement de ses opérations et à la mise en œuvre de ses plans. Le cas de Islam Benyahia est présenté comme celui du mercenaire pressé d’encaisser. Chargé par Boukhors d’incendier les forêts de Didouche-Mourad et du Djebel El Ouahch, à Constantine, il aurait reçu le prix de sa trahison des mains de Yacine Boulgroune avant de prendre aussitôt la fuite vers l’Italie à bord d’une embarcation clandestine, puis de gagner la France.

Il aurait laissé derrière lui son complice Abdelkrim Boutamina, interpellé et, dit le documentaire, rongé par les remords. Les enquêteurs affirment aussi avoir retrouvé, grâce à leurs investigations techniques, une séquence vidéo filmée par ce même Boutamina lors de sa participation à une caravane d’aide aux sinistrés des incendies dans la wilaya de Jijel. Une manœuvre, selon eux, pour dissimuler son crime derrière le masque de la solidarité.
Le dossier ne s’arrête pas aux flammes. Les services de sécurité estiment que la collaboration de Boukhors avec des services de renseignement étrangers allait bien au-delà. Elle comprenait le financement de programmes de migration clandestine au profit de ses agents, le marchandage et le chantage, mais aussi une tentative, avec ses commanditaires, de créer des courants hostiles au sein de la scène politique nationale. Le but aurait été de servir leurs programmes et de permettre à leurs agents d’accéder à des postes de responsabilité, pour en faire des instruments de sabotage des intérêts de la patrie.

Une Algérie que le feu n’a pas divisée
La conclusion du documentaire se veut un message politique autant qu’un constat. Ses auteurs jugent que les commanditaires pensaient ébranler la stabilité du pays et croyaient les institutions de l’État incapables de faire face à la crise. Ils affirment que l’Algérie, malgré les manœuvres et les conspirations, restera inébranlable face aux traîtres et aux conspirateurs, que son drapeau continuera de flotter haut et fièrement, et que son peuple demeurera uni et solidaire face à toutes les épreuves.
Les incendies, souligne-t-on enfin, auraient produit l’effet inverse de celui recherché. Loin de fissurer la société, ils auraient renforcé la cohésion, l’unité et la résilience du peuple algérien, désormais plus conscient et plus lucide quant à l’ampleur des complots tramés contre lui. Comme lors de chaque crise traversée par le pays, il aurait offert les plus beaux exemples de solidarité, faisant échouer les tentatives visant à entraver le développement de l’Algérie et à fragiliser sa cohésion sociale.

Farid.B.