Fruits et légumes: Le vrai problème n’est pas la récolte, c’est le circuit

C’est un constat qui revient chaque été, saison après saison : les étals débordent, les récoltes s’annoncent bonnes, et pourtant les prix des fruits et légumes ne baissent pas, ou trop peu, ou trop tard. L’Association nationale de protection des consommateurs «El Aman» a décidé de nommer ce paradoxe et, surtout, d’en désigner la cause. Dans un communiqué publié jeudi 13 août, elle affirme que le problème ne se situe pas dans les champs, mais entre les champs et les étals.
Selon l’association, l’abondance de plusieurs produits agricoles pendant leur pleine saison ne se traduit pas suffisamment dans les prix de vente, laissant les consommateurs aux prises avec des tarifs qu’elle juge déraisonnables au regard de l’offre disponible.
La cause, avance-t-elle, tient à une chaîne de commercialisation dysfonctionnelle : trop d’intermédiaires, un circuit trop long entre producteur et consommateur, et l’absence d’un réseau de distribution structuré et professionnel. À ces défaillances s’ajoute un déficit d’information. «El Aman» pointe le manque de données précises et actualisées sur la production, les quantités disponibles et l’évolution des prix, ce qui complique le suivi du marché et retarde les interventions au moment où elles seraient utiles. Le retard pris dans la numérisation des opérations de distribution aggrave la situation, en empêchant de tracer les produits tout au long de leur parcours.
Autant de failles, avertit l’association, qui peuvent profiter à certains opérateurs, en position de capter une part disproportionnée de la valeur générée et de peser sur l’équilibre de l’approvisionnement.
Face à ce diagnostic, «El Aman» ne se contente pas de dénoncer : elle avance un plan.
L’association propose la création de grandes surfaces commerciales et de plateformes modernes de distribution, pensées pour réduire le nombre d’intermédiaires et rapprocher les produits des consommateurs. Elle plaide également pour des marchés de proximité permanents, la réhabilitation de ceux qui existent déjà, et l’organisation de marchés hebdomadaires consacrés aux produits agricoles, en priorité dans les zones aujourd’hui mal desservies par le réseau commercial. L’objectif affiché : permettre aux agriculteurs de vendre directement leur production, réduire leur dépendance aux intermédiaires, et offrir aux consommateurs des prix plus équitables.
L’association appelle par ailleurs à professionnaliser progressivement l’activité de distribution et à réduire le nombre d’intermédiaires, tout en mettant en place un système numérique unifié capable de suivre en temps réel la production, les flux, les quantités disponibles et l’évolution des prix. Des statistiques fiables sur l’offre et la demande, insiste-t-elle, permettraient d’anticiper les déséquilibres avant qu’ils ne se répercutent sur le marché.
Pour «El Aman», la stabilité durable des prix des fruits et légumes ne se décrète pas au coup par coup : elle se construit, à travers une chaîne de distribution réorganisée et transparente, garantissant une marge équitable au producteur, un cadre professionnel clair au distributeur, et un accès des consommateurs aux produits essentiels à des prix abordables.
L’association appelle enfin les organismes et acteurs concernés à coordonner leurs efforts et à accélérer la mise en œuvre de ces réformes, seule voie, selon elle, vers un système de distribution moderne, capable de préserver le pouvoir d’achat des ménages.
A. G.