Criminalité transnationale : Dubaï, plaque tournante malgré elle

Plusieurs enquêtes internationales convergent ces derniers jours vers un même constat, celui de liens persistants entre les Émirats arabes unis et des réseaux liés à la criminalité organisée, au trafic de drogue et au blanchiment d’argent.

Des dossiers d’investigation et des procédures judiciaires, menés indépendamment les uns des autres dans plusieurs pays, placent Dubaï au cœur de montages où des individus recherchés s’appuient sur des résidences et des structures commerciales locales pour asseoir leur présence dans l’un des principaux centres financiers de la région.

L’un des dossiers les plus récents a été mis au jour cette semaine par la plateforme britannique Bellingcat, qui a rouvert le dossier du réseau criminel Kinahan.
Ce cartel, dont la valeur est estimée à environ 1,5 milliard de dollars, est associé au trafic de drogue, au blanchiment d’argent et au trafic d’armes, avec Dubaï comme base opérationnelle.

Son fondateur, l’Irlandais Christy Kinahan, recherché par les autorités internationales, a vu son visa de résidence émirati annulé de façon soudaine le 31 août dernier. Mais l’enquête révèle que cette annulation n’a pas mis fin aux liens entre le réseau et l’émirat.
Les registres de l’immigration consultés par Bellingcat montrent que plusieurs membres importants du réseau conservent, eux, un ancrage stable sur place.
Christopher Kinahan, visé par des sanctions américaines, a ainsi obtenu un nouveau visa de résidence de deux ans en juillet 2026, tandis qu’un autre membre du réseau, Bernard Clancy, a renouvelé le sien en janvier.
Ces titres de séjour étaient par ailleurs souvent liés à des entreprises enregistrées à Dubaï.
Le dernier visa de Christy Kinahan était notamment rattaché à une société de conseil en management, domiciliée à la même adresse qu’une autre structure associée au réseau.

Le quotidien irlandais The Irish Times complète ce tableau en rappelant que Dubaï sert de base à Christy Kinahan depuis plus d’une décennie, alors que son fils continue d’y résider ouvertement tout en faisant l’objet d’une enquête de la police irlandaise.
Selon le journal, l’annulation du visa du fondateur du réseau l’oblige désormais à quitter l’émirat au plus tard le 29 septembre, sans que les motifs exacts de cette décision aient été rendus publics.
Ces révélations ne se limitent pas au dossier Kinahan. En Inde, une affaire judiciaire distincte vient allonger la liste.

La Direction indienne de l’application des lois a déposé, selon le Times of India, une plainte supplémentaire contre cinq personnes impliquées dans un réseau de trafic de drogue et de blanchiment d’argent.
Une partie des revenus de ce groupe aurait transité par des circuits bancaires vers Dubaï, avant d’être convertie en cryptomonnaie USDT puis utilisée pour acheter des stupéfiants sur le dark web.
De la résidence des dirigeants recherchés à la circulation de fonds issus du trafic de drogue, en passant par les structures commerciales qui leur servent de couverture, ces différentes affaires dessinent un même schéma.

Elles relancent les interrogations sur le rôle que joue le territoire émirati dans la circulation internationale de fonds liés à la criminalité transfrontalière.

Lotfi L.-E.