Elle s’appelle La dame du Chemin des Crêtes, et elle arrive avec ses deux visages, français et arabe, comme pour mieux dire ce qu’elle raconte : une histoire qui n’appartient pas à une seule langue, ni à une seule rive.
publié aux éditions L’Harmattan dans la collection «Graveurs de mémoire» et traduit en arabe sous le titre Saidat Tarîq al-Qimam aux Presses du Chélif par le poète Slimane Chérifi, le livre de Jacqueline Brenot dessine un triangle géographique et intime, Alger, Marseille, Tozeur, qui dit à lui seul la complexité des destins méditerranéens, ceux qui se construisent entre deux pays, deux cultures, deux nostalgies.
Le sous-titre est un itinéraire autant qu’un aveu. Alger d’abord, avec ce que ce nom porte de lumière, de bruit et de mémoire coloniale enfouie. Marseille ensuite, ville-carre four, ville de transit et d’exil choisi ou subi. Tozeur enfin, oasis tunisienne où le temps semble suspendu entre sable et palmiers — comme si le récit avait besoin, pour se clore, de trouver un désert où se reposer. Que ce soit une autobiographie, un roman à clef ou un récit de vie, La dame du Chemin des Crêtes s’inscrit dans cette littérature de la mémoire franco-algérienne qui ne cesse de chercher ses mots, ses lieux et ses apaisements. Et le fait qu’il soit présenté en deux langues simultanément, L’Harmattan pour les lecteurs francophones, les Presses du Chélif pour le lectorat arabophone, n’est pas un détail éditorial, c’est un geste politique et culturel, celui de tendre le même livre aux deux côtés de la Méditerranée. Jacqueline Brenot sera présente au Maghreb des Livres les 27 et 28 juin pour rencontrer ses lecteurs, une occasion rare de dialoguer avec une voix qui a choisi de traverser les langues plutôt que de s’enfermer dans l’une d’elles.
A. S.
Alger, Marseille, Tozeur: Jacqueline Brenot tisse une mémoire à trois rives
