Les chiffres sont posés, mais c’est la méthode qui compte. Sifi Ghrieb l’a dit sans détour à l’ouverture de l’atelier national consacré au financement climatique et aux marchés carbone. Atteindre les objectifs fixés exige de mobiliser des capitaux, d’attirer des investissements et de bâtir des mécanismes nationaux solides de gouvernance, de mesure et de vérification des émissions. Sans cela, les engagements resteront des déclarations d’intention. Le Premier ministre a rappelé le chemin déjà parcouru. La question climatique figure dans la Constitution de 2020, la stratégie nationale pour l’hydrogène vert a été adoptée en 2023, la contribution déterminée au niveau national actualisée a été déposée en août dernier auprès du secrétariat de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, et un plan national d’adaptation est en cours d’élaboration.
Une architecture qui, selon lui, doit concilier les exigences du développement et les responsabilités environnementales. Sur ce point, Alger ne cache pas sa singularité. Pays producteur et exportateur d’hydrocarbures, l’Algérie entend faire valoir son système énergétique, son tissu industriel et son expertise accumulée comme des atouts de la transition, non comme des freins. Sifi Ghrieb plaide pour un passage progressif et mesuré, qui préserve la sécurité énergétique, la stabilité économique et la capacité de répondre aux besoins du pays. Les mutations climatiques et énergétiques mondiales sont à ses yeux un défi autant qu’une opportunité, celle de redessiner les systèmes de production et d’ouvrir la voie à de nouvelles industries, pour une transition «juste et équilibrée».
Les marchés carbone occupent une place à part dans son propos. Il y voit un nouveau champ économique, qui réclame une vision anticipatrice et des cadres réglementaires, institutionnels et techniques garantissant transparence, intégrité et protection des intérêts nationaux. Leur rôle ne se limite pas au respect des engagements climatiques. Ils doivent aussi attirer les investissements, favoriser le transfert de technologies, créer de la valeur et soutenir des projets produisant des réductions réelles et mesurables. La participation de l’Algérie aux mécanismes internationaux, notamment ceux de l’article 6 de l’Accord de Paris, suppose une préparation rigoureuse.
Il s’agit d’assurer l’intégrité environnementale, d’éviter le double comptage des réductions, de fixer les règles d’agrément des projets, de définir la propriété, l’enregistrement et le suivi des unités carbone, et de mettre en place des dispositifs de garantie et de partage des risques capables d’attirer le capital privé aux côtés des financements publics et internationaux. D’où la demande adressée aux participants.
Le Premier ministre attend des recommandations concrètes et applicables, de nature à doter le pays d’un socle juridique unifié et d’outils opérationnels transparents, pour constituer un portefeuille national cohérent de projets climatiques, aux objectifs clairs, mesurables et éligibles à toutes les sources
de financement.
Il appelle aussi à renforcer les capacités nationales de mesure, de notification et de vérification des émissions, à consolider le cadre institutionnel, à coordonner secteurs, entreprises, banques, universités et centres de recherche, à associer davantage le secteur privé national et à faciliter l’engagement des banques dans le financement de ces projets, sans négliger les investissements étrangers. Sur le terrain, Sonatrach et Sonelgaz sont en première ligne. Le programme solaire doit contribuer à décarboner le mix énergétique, tandis que l’élimination du torchage de routine, l’objectif de zéro émission de méthane d’ici 2030, l’efficacité énergétique, le captage du carbone et l’hydrogène vert complètent l’effort.
Sur la scène des négociations, Sifi Ghrieb a réaffirmé l’attachement de l’Algérie à une approche équitable, respectueuse du droit des États au développement, qui renforce la voix des pays en développement et des pays producteurs d’énergie dans les discussions sur l’avenir du financement et des marchés carbone.
Le principe des «responsabilités communes mais différenciées» reste son point d’appui. Il a aussi réclamé des mécanismes internationaux plus réactifs, au premier rang desquels le Fonds vert pour le climat, avec des procédures simplifiées, moins de lourdeurs administratives, davantage de dons et de financements concessionnels, des garanties d’investissement et un vrai transfert de technologies. Sa conclusion tient en une phrase. La réussite du virage climatique se mesurera à la capacité de transformer les stratégies en investissements et en projets concrets, de réduire les émissions, de renforcer l’adaptation et la résilience, sans casser la dynamique de développement du pays.
Fateh H.
14% de baisse des émissions d’ici 2035, et jusqu’à 31% avec l’appui de la communauté internationale : Climat, l’Algérie fixe son cap
