Dans les caves des mairies, les dépôts des wilayas et les greffes oubliés, dorment des documents que personne n’a toujours su compter ni localiser. C’est à ce vide que veut s’attaquer le directeur général des Archives nationales auprès de la Présidence de la République, Mohamed Bounaâma, qui a dévoilé un projet de carte nationale des archives historiques des collectivités locales, couvrant en particulier les fonds antérieurs à 1962. Il s’accompagnera d’une feuille de route pour développer les ressources humaines spécialisées dans ce domaine. Il s’exprimait à l’occasion de la huitième conférence régionale consacrée à la gestion des documents d’activité et aux archives des collectivités locales à l’heure de la transformation numérique, qui s’est tenue à l’Institut national de formation des personnels des collectivités locales, à Constantine.
Le projet, a-t-il expliqué, vise à fixer les cadres réglementaires et techniques de la gestion documentaire, à repérer les fonds que renferment les collectivités et à les mettre à l’abri, pour aboutir à cette cartographie nationale, surtout pour la période antérieure à l’indépendance. Pour le responsable, préserver la mémoire nationale, protéger les archives algériennes et sauvegarder l’héritage civilisationnel suppose des mécanismes modernes et efficaces, ainsi qu’une coordination renforcée entre la Direction générale des Archives nationales et le ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales.
L’enjeu est de piloter, dans un cadre national, tout le cycle de vie du document, considéré comme un actif stratégique et comme le socle de l’activité des institutions de l’État. Cette réforme passera aussi par les communes. Le travail s’oriente vers la structuration de la fonction archives au niveau municipal, présentée comme un pilier de la réforme administrative et de la modernisation de la gestion publique, puisque le document éclaire la décision et assure la continuité du service. M. Bounaâma a cité des institutions qui ont réussi à défendre leurs droits, à recouvrer des créances et à engranger des gains financiers grâce aux preuves archivistiques produites dans des litiges judiciaires. Une manière de rappeler qu’une pièce bien conservée peut valoir de l’argent autant que de la mémoire.
Un autre chantier avance en parallèle, celui d’une base de données commune entre le ministère de l’Intérieur, les Archives nationales, la Direction générale de la Fonction publique et le ministère des Finances. Elle doit déboucher sur un fichier national recensant les fonds d’archives à travers le territoire, avec leur nature, leur lieu de conservation et leur état, et préparer un réseau d’information national facilitant l’organisation et la consultation des données. Le directeur général a insisté sur le fait que l’archive dépasse la simple conservation de papiers, tant ses dimensions stratégiques et géopolitiques exigent protection, sécurisation et valorisation.
Il a souligné le rôle central des secrétaires généraux des wilayas et des communes pour garantir la continuité du support documentaire et la mémoire des institutions. La numérisation, a-t-il ajouté, ne tiendra ses promesses que si elle repose sur un système complet d’organisation, de conservation et de classement des archives locales. Il a donc appelé à recenser les fonds historiques des wilayas, à en diagnostiquer l’état, à les protéger et à les valoriser, afin de transmettre la mémoire locale et nationale aux générations futures. La conférence a réuni des représentants des wilayas de Constantine, Jijel, Sétif, Bordj Bou-Arréridj et Mila. Des rapports sur la situation de la gestion des documents d’activité et des archives y ont été présentés, avant un débat sur les difficultés rencontrées et les moyens d’améliorer la gestion archivistique à l’échelle locale.
Lotfi L.-E
Archives des communes : l’Algérie dresse la carte de sa mémoire d’avant 1962
