le Congrès espagnol ouvre la voie à la nationalité pour les Sahraouis : Sahara Occidental :Madrid reconnaît sa dette historique

Il aura fallu un demi-siècle d’attente, de dispersion et de déni, pour qu’un Parlement européen consente enfin à regarder en face une page douloureuse de son propre passé colonial.
Jeudi dernier, les députés espagnols ont adopté le projet de loi ouvrant l’accès à la nationalité espagnole aux Sahraouis nés sous l’administration coloniale du Sahara Occidental, ainsi qu’à leurs enfants et petits-enfants.
Le texte, approuvé par 168 voix contre 31 et 145 abstentions, doit encore franchir l’étape, largement protocolaire, du Sénat avant d’entrer en vigueur. Le vote dessine une carte politique révélatrice.
La coalition de gauche au pouvoir a porté le texte aux côtés des formations nationalistes catalane et basque, tandis que le Parti populaire, principale force d’opposition, s’est réfugié dans l’abstention plutôt que d’assumer un rejet frontal. Seule l’extrême droite de Vox a voté contre, sans surprise, fidèle à sa ligne pro-marocaine.
Ce clivage en dit long : reconnaître la responsabilité historique de l’Espagne envers le peuple sahraoui reste, à Madrid, un sujet qui n’unit pas au-delà du camp progressiste.
Sur le fond, le texte est net. Il concerne les personnes nées au Sahara Occidental avant la fin de 1975, date de l’abandon du territoire par l’ancienne puissance coloniale, ainsi que leurs descendants nés avant le 29 septembre 1977.
Deux années de résidence légale en Espagne suffiront, contre les délais bien plus longs exigés d’ordinaire, un régime aligné sur celui déjà accordé à d’autres populations liées historiquement à l’Espagne.
La procédure passera par lettre de naturalisation, sans obligation de résidence préalable pour engager la demande, ce qui simplifie considérablement l’accès à un droit trop longtemps resté théorique.
Pour l’Association El Ghad pour les droits humains, qui a salué cette avancée, l’enjeu dépasse de loin la technique administrative.
Des générations entières de Sahraouis vivent aujourd’hui éclatées entre les territoires occupés, les camps de réfugiés de Tindouf et une diaspora dispersée aux quatre coins du monde.
Pour elles, l’accès à la nationalité espagnole n’est pas un simple papier, c’est la reconnaissance tangible d’un lien historique et juridique que Madrid a trop longtemps préféré ignorer, au nom d’équilibres diplomatiques dictés par Rabat.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Depuis la marche verte et l’abandon précipité du Sahara Occidental par l’Espagne en 1975, Madrid a navigué entre remords diplomatique et realpolitik, laissant le peuple sahraoui payer seul le prix d’une décolonisation
inachevée.
Ce vote ne referme pas ce dossier, il ne tranche en rien la question politique du statut du territoire, toujours soumis au droit international et à l’attente d’un référendum d’autodétermination promis de longue date. Mais il constitue un geste de réparation qui a valeur de symbole, une ancienne puissance coloniale qui admet, enfin, une part de sa dette. El Ghad a raison de le rappeler : le chemin législatif n’est pas achevé, et une reconnaissance de droit ne vaut que si elle se traduit par des procédures justes, transparentes et accessibles, débarrassées de tout obstacle bureaucratique qui viendrait vider la loi de sa substance.
Après des décennies d’attente, le signal envoyé par les institutions espagnoles est néanmoins puissant. Reste à savoir si Madrid aura le courage de le faire vivre jusqu’au bout, et si ce geste de justice individuelle saura, un jour, s’accompagner d’un engagement politique à la hauteur du droit du peuple sahraoui à disposer de lui-même.

Malik M.