Soldes en Algérie: Quand la remise devient un trompe-l’œil

Chaque année, le même scénario se répète. Dès l’annonce des soldes, les magasins et centres commerciaux se remplissent de clients venus chasser la bonne affaire.
Et chaque année, une partie d’entre eux repart avec bien plus qu’une remise : un produit de moindre qualité, un prix qui n’a jamais vraiment baissé, ou une déconvenue découverte trop tard.
Sofiane El Wassaâ, membre de l’organisation de défense des consommateurs «Himayatek», dresse un état des lieux sans détour de ces pratiques qui, année après année, détournent l’esprit des soldes. Il le rappelle d’emblée : une réduction de prix n’est pas une faveur que le commerçant accorde au client. C’est un droit encadré par une réglementation précise, que la loi algérienne protège et sanctionne en cas de manquement. Son organisation suit de près les campagnes commerciales à travers les wilayas, précisément pour traquer les dérives qui transforment cette période, censée soulager le budget des familles, en occasion d’écouler des stocks de qualité douteuse.
La ficelle la plus répandue reste la plus vieille : gonfler artificiellement les prix quelques jours ou quelques semaines avant le début des soldes, pour ensuite afficher une remise qui, dans les faits, ne change presque rien à la facture.
Le consommateur croit faire une affaire ; il paie, ou presque, le prix habituel.
D’autres pratiques s’y ajoutent, plus insidieuses encore. Certains commerces n’exposent en vitrine qu’une poignée d’articles réellement soldés, de quoi attirer le chaland, tandis que le reste du magasin continue de vendre au prix fort une forme de publicité trompeuse, selon «Himayatek».
D’autres encore se gardent bien d’afficher le prix d’origine ou dissimulent les informations essentielles sur le produit, privant ainsi le client de toute possibilité de comparaison éclairée.
Plus grave, l’organisation a recensé des cas de vente de produits visiblement défectueux, abîmés ou déchirés, écoulés sous couvert des soldes. Certains commerçants profitent même de cette période pour se débarrasser de marchandises contrefaites, de qualité non conforme aux normes de sécurité, voire de denrées alimentaires proches de la péremption ou déjà périmées. Une pratique qui, au-delà de la simple arnaque commerciale, met directement en danger la santé des consommateurs et qui tombe sous le coup de la loi.
Le commerce en ligne n’échappe pas à ces travers, bien au contraire. Avec l’essor des achats sur internet,
de nombreux clients découvrent, à la réception de leur colis, un produit qui n’a plus grand-chose à voir avec les photos et descriptions vantées sur les pages de vente.
L’absence fréquente de factures officielles et d’adresses légales identifiables sur ces plateformes complique sérieusement les démarches de réclamation, laissant souvent l’acheteur démuni face à un vendeur introuvable. Dernier point noir, et non des moindres : le refus, encore trop fréquent, d’échanger ou de rembourser un article défectueux au prétexte qu’il a été acheté pendant les soldes.
Un argument qui ne repose sur aucune base légale, insiste El Wassaâ le droit du consommateur à l’échange ou au remboursement d’un produit défectueux reste garanti par la loi, quelle que soit la nature de la vente ou le taux de la remise appliquée.
Anais G.