Réuni ce dimanche sous la conduite du Président de la République, Abdelmadjid Tebboune, le Conseil des ministres a décidé que, à titre provisoire, l’allocation touristique sera versée par le biais de la carte bancaire, et non plus en espèces, afin de mettre un terme aux dépassements constatés.
Dans son communiqué, le Conseil des ministres a évoqué des dépassements graves ayant entraîné une hémorragie de devises sans que les personnes concernées ne bénéficient de l’allocation touristique, pour justifier sa décision. Dans cet entretien, l’économiste Brahim Guendouzi revient sur cette décision et analyse ses implications. Pour lui, l’Algérie qui vient de sortir de la liste grise du GAFI ne voudrait pas permettre de laisser une issue pour alimenter le marché informel de devises, et donc de probables possibilités de blanchiment de capitaux.
Propos recueillis par Fateh H.
Algérie Confluences : Le Conseil des ministres vient de décider que l’allocation touristique sera versée par le biais de la carte bancaire, et non plus en espèces, afin de mettre un terme aux dépassements constatés. Comment appréciez-vous cette décision ?
Brahim Guendouzi : La décision de verser l’allocation touristique via des cartes bancaires, prise en Conseil des ministres, relève de la volonté des pouvoirs publics de décourager le recours au cash dans les transactions.
L’Algérie qui s’inscrit résolument dans une démarche globale de digitalisation, ne peut qu’encourager les paiements par les instruments modernes et reléguer le cash au strict minimum.
Pour l’allocation touristique, c’est devenu non aisé de limiter le versement aux seuls billets de banque dès lors que le tourisme fonctionne aujourd’hui avec le E-paiement et les cartes bancaires. Dans tous les pays touristiques, l’utilisation de l’espèce est très réduite. Le touriste algérien doit s’adapter à cette réalité.
Pourquoi en est-on arrivé à cette situation, surtout que le gouvernement a évoqué les abus entourant cette allocation et ses détournements?
De mauvaises pratiques ont été constatées après une première année d’application de la revalorisation de l’allocation touristique, des malversations sont relevées notamment à la frontière terrestre. Cela porte préjudice aux bénéficiaires de cette allocation, mais également aux ressources en devises de l’État.
La Banque d’Algérie a eu déjà , dans un communiqué, à avertir les auteurs des tentatives de détournement des devises allouées sous forme de cash à l’allocation touristique. Il y a eu des manœuvres de recyclage des billets de banques sur le marché informel des devises.
L’Algérie qui vient de sortir de la liste grise du GAFI ne voudrait pas permettre de laisser une issue pour alimenter le marché informel de devises, et donc de probables possibilités de blanchiment de capitaux.
Quels seront les impacts de cette décision, notamment pour les banques ?
La volonté de modernisation du système bancaire et le recours systématique aux instruments de paiements digitaux incitent à aller de l’avant pour ne pas continuer à manipuler l’argent cash.
Aussi, la question récurrente qui revient est celle de la dimension opérationnelle d’allouer l’allocation touristique exclusivement sur cartes bancaires.
Les établissements bancaires sont-ils prêts pour pouvoir faire face à une forte demande?
Un effort de communication est nécessaire pour convaincre les futurs demandeurs de l’allocation touristique d’accepter la carte bancaire et de pouvoir en dépenser à l’étranger par sa seule utilisation.
F. H.
