Normalisation avec l’entité sioniste: L’incohérence panafricaniste de Ouagadougou

Le même jour où le Burkina Faso annonçait, dans un geste à forte portée symbolique, la rupture de ses relations avec la France, son président de transition, le capitaine Ibrahim Traoré, recevait les lettres de créance de Simon Sirossi, nouvel ambassadeur de l’entité sioniste, accrédité depuis la Côte d’Ivoire.
Une coïncidence de calendrier qui, loin de passer inaperçue, interroge sur la cohérence du discours souverainiste porté par Ouagadougou depuis plusieurs années.
Selon un communiqué publié par la présidence burkinabè, cette rencontre, tenue le 26 juin, doit déboucher sur la signature d’un accord général de coopération économique, scientifique, technique et culturelle, assorti d’un cadre institutionnel encore en gestation.
L’objectif affiché est sans ambiguïté: revitaliser l’axe Ouagadougou-Tel Aviv. Ce n’est d’ailleurs pas une première, puisque Traoré avait déjà accueilli un précédent ambassadeur israélien, Rony Yedidiya Klein, en décembre 2023, dans la continuité d’une relation diplomatique renouée dès 1994.
C’est précisément cette simultanéité qui pose question. Le Burkina Faso a construit, depuis l’arrivée au pouvoir du capitaine Traoré, un récit politique fondé sur le rejet des tutelles extérieures et la reconquête d’une souveraineté pleine et entière, notamment vis-à-vis de l’ancienne puissance coloniale française.
Ce positionnement a trouvé un écho favorable auprès d’une partie de l’opinion africaine, lasse des ingérences occidentales sur le continent.
Mais accueillir, le même jour, un représentant diplomatique d’une entité largement perçue à travers le continent et au-delà comme une puissance occupante, c’est prendre le risque d’affaiblir ce récit même.
La cause palestinienne occupe en effet une place particulière dans la conscience politique africaine, nourrie par une histoire commune de luttes anticoloniales.
De nombreux pays du continent, l’Algérie en tête, ont historiquement fait de ce soutien un pilier constant de leur diplomatie, y voyant le prolongement naturel de leur propre combat pour l’indépendance.
Ce choix diplomatique burkinabè ne relève évidemment que de la souveraineté de Ouagadougou. Mais il interroge sur la solidité d’un projet panafricaniste qui, pour convaincre durablement, ne peut se construire à géométrie variable, en rejetant certaines formes de domination tout en normalisant d’autres rapports de force contestés par une large partie des peuples africains.
À l’heure où le Sahel cherche de nouveaux partenaires et de nouveaux équilibres, la cohérence des choix diplomatiques pourrait bien peser, à terme, autant que les accords eux-mêmes n
l Malik M.