Réchauffement climatique: Nos journées s’allongent et le climat en est responsable

Et si le réchauffement climatique changeait la durée de nos journées ? Une journée dure 24 heures.
C’est une certitude ancrée dans notre quotidien depuis l’enfance. Et pourtant, la Terre ne tourne pas comme un métronome parfait. Des études scientifiques récentes le confirment, la durée d’un jour terrestre varie, et le réchauffement climatique pourrait bientôt en devenir le principal moteur devançant même l’influence de la Lune. Depuis la formation de notre planète, la durée des journées n’a cessé d’évoluer.
La Lune en est le grand responsable historique, en s’éloignant progressivement de la Terre, elle exerce via les forces de marée un effet de freinage sur la rotation terrestre, ralentissant celle-ci d’environ 1,7 milliseconde par siècle. Un phénomène imperceptible au quotidien, qui nécessite simplement de petites corrections occasionnelles de nos horloges atomiques pour rester synchronisées avec la réalité astronomique. Mais d’autres facteurs entrent en jeu. La dynamique interne de la planète, la tectonique des plaques, la fonte ou la formation des calottes glaciaires modifient la distribution des masses terrestres et font légèrement varier la vitesse de rotation de la Terre à la manière d’un patineur qui écarte ou resserre les bras pour accélérer ou ralentir.
Or c’est précisément là que le réchauffement climatique actuel entre en scène de façon alarmante. Entre 2000 et 2020, la redistribution de la masse d’eau liée à la fonte des glaces polaires et des glaciers a provoqué un allongement de la durée du jour à un rythme de 1,33 milliseconde par siècle. Pour déterminer si ce taux est exceptionnel ou non à l’échelle de l’histoire géologique, une équipe de chercheurs a plongé dans les archives les plus inattendues qui soient : les coquilles fossilisées de foraminifères, de minuscules organismes marins unicellulaires dont la composition chimique agit comme une véritable mémoire du climat terrestre sur des millions d’années.
En analysant le rapport entre deux isotopes de l’oxygène piégés dans ces coquilles
calcaires, les scientifiques ont pu reconstituer les fluctuations du volume des glaces et du niveau des océans sur les 2,6 derniers millions d’années, et en déduire l’évolution de la durée du jour au fil du temps. Leur conclusion, publiée dans le Journal of Geophysical Research, est sans appel :
le rythme d’allongement des journées observé depuis le début du XXIe siècle n’a aucun précédent dans les 3,6 derniers millions d’années d’histoire climatique naturelle.
Plus troublant encore, les projections pour la fin du siècle indiquent que l’influence du changement climatique sur la durée du jour pourrait finir par surpasser celle de la Lune cette constante astronomique qui régit le temps terrestre depuis des milliards d’années. Une perspective qui illustre, mieux que bien des discours, l’ampleur inédite de l’empreinte humaine sur les grands équilibres de notre planète.
Lotfi L.-E