Genève, terrain de diplomatie par excellence, accueille une séquence historique : les premières négociations directes entre l’Iran et les États-Unis, sous médiation pakistanaise. Mais pendant que les délégations s’installent autour de la table, les combats continuent au Liban, et c’est précisément ce paradoxe qui fragilise l’ensemble de l’édifice diplomatique.
Téhéran a d’emblée posé ses cartes : le Liban sera le «principal» sujet des pourparlers. Israël, de son côté, a signifié sans détour qu’il n’avait aucune intention de se retirer des zones qu’il occupe dans le Sud libanais. Entre ces deux positions, la marge de manœuvre est étroite.
Le vice-président américain J. D. Vance, présent en Suisse aux côtés de l’émissaire Steve Witkoff et de Jared Kushner, s’est pourtant voulu optimiste. «Je suis en réalité très satisfait de la situation au Liban», a-t-il affirmé, tout en reconnaissant que les cessez-le-feu étaient «un peu compliqués», une litote saisissante au regard des affrontements qui se sont poursuivis ces derniers jours.
Il a néanmoins évoqué des «progrès considérables» et lancé un appel à «tourner une nouvelle page» dans les relations avec Téhéran, esquissant l’horizon d’un Moyen-Orient où les anciens adversaires «pourraient travailler ensemble pour promouvoir la paix et la prospérité». Donald Trump, lui, a choisi un registre plus direct. Sur Truth Social, le président américain a sommé l’Iran d’«empêcher immédiatement ses mandataires au Liban de causer des problèmes», sous peine de frappes «encore plus fortes» que celles de la semaine précédente. Une menace explicite, formulée pendant que ses propres représentants négocient à quelques heures de vol, illustration parfaite de la double partition que joue Washington dans cette crise. La question qui plane sur ces pourparlers reste entière : s’agit-il d’un véritable tournant diplomatique ou d’un simple répit avant le prochain embrasement ? Vance lui-même l’a posée sans y répondre : «Pouvons-nous changer durablement les relations au Moyen-Orient ? Ou allons-nous revenir aux anciennes méthodes ?» La réponse, pour l’instant, appartient encore aux combattants sur le terrain.
Malik M
Iran–États-Unis: Négociations en Suisse, le Liban au cœur de toutes les tensions
