Saidal: La métamorphose silencieuse d’un géant du médicament

Le groupe Saidal n’est plus ce qu’il était», affirme ce lundi à Alger son directeur général, le Pr Mourad Belkhalfa, en marge de la première édition de la «Danish Healthcare Alliance en Algérie».
Derrière les chiffres de production, c’est une véritable transformation de fond qui s’opère. Saidal s’impose aujourd’hui comme le leader incontesté du médicament générique en Algérie, avec plus de 145 millions d’unités produites chaque année.
Son portefeuille compte 165 médicaments génériques et 230 références supplémentaires, formant la colonne vertébrale de la politique nationale de santé : réduire la dépendance aux importations, sécuriser l’approvisionnement et soutenir le système de soins public.
Ce qui frappe surtout, c’est l’audace du groupe dans un domaine encore inexploré en Algérie : la production de matières premières actives. L’unité de Médéa s’est lancée dans la fabrication de pénicilline G et de ses dérivés, une première nationale.
Pour le Pr Belkhalfa, cette incursion dans la bioproduction représente «un registre décisif». Le Centre de Recherche, Développement et Innovation de Rahmania, conçu pour faciliter les transferts de technologie, accueille déjà des partenariats avec de grands noms internationaux comme Novo Nordisk et l’allemand Boehringer. Ces alliances permettent à Saidal de se rapprocher des standards mondiaux tout en maintenant une production locale.
L’entrée dans la biotechnologie constitue le défi majeur du groupe. Depuis novembre 2022, un partenariat stratégique autour des produits insuliniques a été accéléré, permettant une production locale rapide dans ce segment critique. L’objectif : réduire la dépendance aux importations et garantir aux patients algériens un accès aux traitements dans les meilleurs délais.
Mais l’ambition va plus loin. Un projet validé au plus haut niveau de l’État vise à faire entrer Saidal dans la médecine régénérative, en partenariat avec Karolinska, l’un des instituts les plus réputés au monde.
Le Pr Belkhalfa est convaincu que, dans quelques années, les thérapies cellulaires seront au cœur des demandes des patients, notamment pour des pathologies aujourd’hui sans traitement efficace.
La prise en charge de l’infertilité figure parmi les axes explorés. Parallèlement à ces ambitions à long terme, Saidal avance sur des chantiers plus immédiats.
Une unité dédiée aux tests de diagnostic rapide des maladies infectieuses sera prochainement inaugurée à Oran. Dans le domaine des dispositifs médicaux, le groupe recherche activement des partenaires capables d’apporter expertise et capacité de développement conjoint. La formation et la recherche collaborative sont également des axes privilégiés. Enfin, Saidal se prépare à une percée sur les marchés africains, fort d’un écosystème pharmaceutique national en pleine expansion. Pour y parvenir, le groupe reste à l’affût de partenaires dans la biotechnologie, les biothérapies, les thérapies cellulaires et les dispositifs médicaux. De la pénicilline aux cellules souches, du générique à la thérapie cellulaire : Saidal incarne le chemin que l’industrie pharmaceutique algérienne entend parcourir. Un chemin long, exigeant, mais désormais bien tracé.
Lotfi L.-E.