«Six différents»:Quand six regards d’artistes tissent une même toile à la galerie Artissimo

Pendant un mois, la galerie d’art Artissimo accueille une exposition d’arts plastiques sobrement nommée «Six différents». Six créateurs, six univers, un même espace. Ici, pas de mot d’ordre imposé, mais une volonté affirmée : laisser les regards se croiser, les matières se répondre, les formes se compléter.
La couleur devient alors un langage commun. Diplômé des Beaux-Arts d’Alger et assistant à l’École supérieure des Beaux-Arts d’Alger, Karim Sergoua explore depuis des décennies l’action painting, la fresque et la performance. Pour cette exposition, il présente six œuvres récentes, dont «Orientation confuse», «Pluie colorée» et «Z3it M3it Neggaz el hit».
Puisant «dans une source ancestrale avec un langage très contemporain», il laisse affleurer mémoire et symbole, comme des traces visibles de l’histoire collective et individuelle.
Ingénieure de formation et autodidacte, Narima Ghlamallah travaille à partir de techniques mixtes. Ses toiles interrogent les liens entre mémoire et expérience humaine à travers les objets et scènes du quotidien. Elle expose une série de huit œuvres intitulées «Intérieur» (1 à 8), véritable quête de réconfort et de sécurité, où l’espace domestique devient un refuge d’émotions mêlées.
Hadj Abderrahmane Merine, connu sous le nom de «Main du peuple», est né à Sidi-Bel-Abbès. Performances, installations et projets collaboratifs nourrissent une œuvre engagée, déjà montrée en Algérie et à l’étranger. Il présente cinq œuvres, dont une toile monumentale de trois mètres de haut issue de la série «Né dans l’ombre». Une ombre ambivalente, tour à tour salvatrice ou nuisible.
Le symbole de la main, décliné en orange, traverse son travail : «Le pied des régimes totalitaires qui piétinent leurs peuples et la main salvatrice et bâtisseuse», résume-t-il.
Créateur de bijoux et sculpteur, fondateur de la griffe Raiko Bijoux, Mohamed Rédha Skander partage son activité entre Alger et Paris. Sa recherche sculpturale autour des lettres et des signes s’exprime sur bronze.
Huit œuvres sont présentées – «Ribat», «Variation», «Alif» – où la mutilation des lettres traduit «l’effondrement de la pensée et ce monde infernal dans lequel nous vivons».
Photographe autodidacte, Farid Aouanouk capte la dignité et la mémoire des êtres. Entre Kabylie et La Havane, ses clichés célèbrent le réel avec poésie.
Pour «Six différents», il propose une sélection de photographies couleur et noir et blanc sur toile de jute, toile ou papier. «Amghar», «Tamghart», «Yennayer», «Tilelli», «Urar» : autant d’hommages aux aînés, gardiens et transmetteurs de mémoire. Sculpteur, céramiste et peintre, Mohamed Belaid développe une œuvre contemporaine centrée sur la figure humaine et l’émotion.
Il expose une lampe peinte, un fauteuil personnalisé et un portrait dans un style art-déco, affirmant que l’objet du quotidien peut lui aussi devenir œuvre.
Zaphira Ouartsi, directrice d’Artissimo, confie avoir eu envie de réunir ces artistes une seconde fois, après leur participation remarquée au dernier Festival international de l’art contemporain d’Alger (IFCA). «Une alchimie et une cohésion se sont installées. Nous n’avons pas voulu imposer une thématique précise. C’est juste une rencontre où chaque artiste donne libre cours à sa créativité. Six trajectoires, six écritures plastiques réunies dans un même espace pour affirmer qu’au-delà des différences, l’art demeure un territoire commun.» Elle annonce par ailleurs son projet de faire voyager l’exposition à travers les entreprises et institutions nationales, « pour rendre l’art accessible à tous ».
Amina.S.