Entre Alger et Paris, le temps est aux échanges en mode «face-à-face» et au pragmatisme. Bien que rien n’a filtré, du côté algérien, sur le déplacement en France, du ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, Saïd Sayoud, cette visite marque le dégel entre les deux pays, en froid depuis l’été 2024.
Il faut bien le mentionner, depuis cette fameuse déclaration de la France et de son Président Emmanuel Macron, reconnaissant le prétendu plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental, aucun responsable officiel algérien n’a mis les pieds sur le sol français.
C’est pourquoi, cette «visite de travail» de Sayoud, depuis lundi dernier, à l’invitation du ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, revêt une importance capitale, au-delà de leur domaine de compétence.
En effet, les deux ministres ont eu «une séance de travail élargie aux membres des délégations des deux pays», durant laquelle ils ont abordé «plusieurs dossiers et questions d’intérêt commun, notamment ceux liés aux domaines de compétence des deux secteurs». On l’aura compris, il s’agissait bel et bien la coopération dans les domaines de la sécurité, la lutte contre le terrorisme, le crime organisé et l’immigration clandestine.
Des questions sur lesquelles les deux pays ont souvent divergé concernant la manière de leur traitement.
Pour l’immigration, à titre d’exemple, quand Paris recourait aux méthodes musclées de «reconduction forcée», Alger insiste sur la nécessité de respect des voies et des canaux officiels, et surtout dans le respect des droits des ressortissants algériens vivant en France. Mais voilà que cette fois-ci, les choses semblent plus claires, puisque dans son rendu, hier, le ministère français de l’Intérieur affirme que les échanges ont permis «de confirmer une volonté commune de renforcer la coopération franco-algérienne sur des bases pragmatiques, graduelles et orientées vers des résultats concrets pour les deux parties». Dans un communiqué, le département de Laurent Nuñez, rappelant le «souhait» du Président Macron de «restaurer avec l’Algérie un dialogue efficace, respectueux de l’intérêt national de chacun des États», a indiqué que sur la question migratoire, «la gouvernance et les canaux de communication opérationnels seront renforcés».
Des discussions, franches et pragmatiques, ont caractérisé ce dossier ont permis de «confirmer la reprise d’une coopération loyale pour permettre une montée en puissance des retours» avec une «mobilisation» de l’ensemble des consulats présents en France. Comprendre que ce seront les canaux officiels qui s’en chargeront, par la méthode forte des expulsions menée par l’ancien ministre de Place Beauvau, en l’occurrence Bruno Retailleau.
Par ailleurs, les deux parties ont décidé de «travailler sur la base de propositions concrètes à venir à l’initiative de la France pour faire évoluer» l’accord sur l’émigration de 1968. «La lutte contre les drogues de synthèse et les trafics de stupéfiants, la recherche des fugitifs impliqués dans la criminalité organisée, la lutte contre l’immigration irrégulière et la fraude documentaire», ont également fait partie des axes de travail prioritaires évoquées par Sayoud et Nuñez.
En gros, l’Algérie aura imposé sa vision de respect des voies officielles et de dialogue franc loi de la doctrine de «tutorat» inspirée de la pensée coloniale portée par les descendants des partisans de «l’Algérie française» qui n’ont jamais accepté l’indépendance des pays des chouhada.
Pour la suite, ce sont les actes qui sont attendus…
Farid B.
Sayoud et Nuñez réactivent les canaux officiels de dialogue sur divers dossiers: Alger-paris : Place au pragmatisme

