Il existe mille façons de dire merci à un artiste. Pour un chanteur, on peut organiser une soirée en son honneur, comme on l’a fait récemment pour Warda. Mais il y a plus durable encore : ressortir les vieux 78 tours des coffres, diffuser des chansons oubliées ou les faire revivre sur une scène de théâtre.
L’ONDA, par exemple, a eu l’excellente idée de rassembler dans des coffrets les œuvres de maîtres comme El Anka, El Hasnaoui, Khelifi Ahmed ou Ahmed Sari. Un trésor à portée de main.
Le cinéma, lui aussi, joue le jeu. Les images précieuses de Dahmane El Harrach tournent encore dans Saha Dahmane, le film de Slimane Belkadhi sorti en 1981. On revoit Djalti dans L’Hymne de l’espoir de Fezzaz. Et des Cheb comme Mami ou Hasni ont eux aussi croisé la lumière des projecteurs. Plus récemment, c’est Hasna El Bacharia, l’autrice de El-Djazair Djawhara, que le documentaire La Rockeuse du désert de la réalisatrice algéro-canadienne Sarah Nacer a sortie de l’ombre.
Les livres, eux, se multiplient. Reyad Kesri a consacré un ouvrage à Warda, La voix, le sang et la vie, paru chez Dalimen. Abdelkader Bendamèche, lui, a brossé les portraits de Mahboub Bati, Hssisen, El Anka, et tout récemment de Kamel Hamadi.
L’ancien ministre Kamel Bouchama a planché sur Beihdja Rahal. Mohamed Attaf a écrit sur Samy El Djazairi. Rachid Mokhtari a disséqué la chanson kabyle de l’exil dans des études pointues.
Et il y a aussi les autobiographies : Matoub Lounes, Mohamed Hilmi, Djohra Abouda ont pris la plume. Il y a quelques mois, Saâd Saïd a exploré le répertoire d’Amar Ezzahi, tandis que Hamid Tahri offrait un bel ouvrage à Ahmed Sari. Pourquoi tout cet engouement ? Parce qu’il y avait un vide, une frustration. La guerre, l’exil, et souvent un niveau culturel qui ne poussait pas nos artistes à écrire leurs mémoires.
De ce côté-là, Anthologie de la musique arabe 1906-1960 de Lahbib Hachelaf, ancien responsable de la musique arabe chez Pathé Marconi, reste une mine d’or.
La musique algérienne, sous toutes ses coutures, a été scrutée. Abdelmadjid Merdaci s’est attaqué à la musique savante de Constantine. Mhenna Mahfoufi a beaucoup publié sur le chant kabyle.
Les centres de recherche comme le CNRPAH et le CRASC produisent également des travaux solides, même s’ils restent méconnus du grand public. Au fond, parler d’un artiste, c’est toujours parler de son époque. Fredonner Djibouha Ya Lawled ou Avava Inouva , c’est faire ressurgir tout un monde, ses joies, ses douleurs, ses effluves. La mémoire musicale est une clé pour lire la société.
Les initiatives individuelles sont précieuses. Mais les institutions, ministère de la Culture, ONDA, collectivités locales, doivent s’en mêler davantage. La sauvegarde de ce patrimoine se joue aussi à ce niveau. Et l’affaire est trop belle pour la laisser filer.
Amina S.
Livres, films, coffrets: Ces trésors qui sauvent nos chanteurs de l’oubli

