Un destin héroïque enfin porté à l’écran:«Ahmed Bey», le résistant qui défia la colonisation entre en salle

C’est un événement cinématographique que l’Algérie attendait avec impatience. Le film Ahmed Bey, fresque historique consacrée à l’une des figures les plus emblématiques de la résistance algérienne, est désormais en salles dans plusieurs grandes villes du pays. Produit par le Centre algérien de développement du cinéma et distribué par MD Ciné, le long-métrage a officiellement pris l’affiche, offrant au public l’occasion de renouer avec une page fondatrice de l’histoire nationale.
Réalisé par le cinéaste iranien Jamel Choorjeh, Ahmed Bey plonge au cœur des heures les plus sombres et les plus glorieuses du dernier bey de Constantine.
L’avant-première, organisée dans la salle Zénith de Constantine, un lieu qui porte désormais le nom de ce grand résistant, avait déjà laissé présager l’ampleur du projet. Dès aujourd’hui, les spectateurs d’Alger, Oran, Constantine et Annaba peuvent découvrir l’œuvre sur les écrans les plus équipés du pays.
À Alger, les salles Ibn Zeydoun, Cosmos, Garden City et Ibn Khaldoun accueillent le film. À Oran, c’est le multiplex Essenia Golden Ciné qui offre le confort des dernières technologies numériques.
À Annaba, le Théâtre régional se met à l’heure de la mémoire, tandis qu’à Constantine, la salle Zénith propose une expérience immersive digne de l’importance du sujet. Pour un tarif unique de 600 DA, les cinéphiles bénéficient de projecteurs numériques et de systèmes audio Dolby Digital 5.1, voire 7.1, garantissant une qualité d’image et de son exceptionnelle.
Ahmed Bey ne se contente pas de ressusciter un nom. Il restitue avec une intensité rare les moments charnières qui ont précipité l’Algérie dans la colonisation. Le film évoque l’humiliation du « coup de l’éventail » en 1827, prétexte inventé par la France pour déclencher le blocus puis l’invasion.
Il retrace les batailles acharnées qui conduiront, dix ans plus tard, à la chute de l’antique Cirta, avant que le bey ne soit capturé et assigné à résidence. Il mourra en 1850, enterré au cimetière de Sidi Abderrahmane, aux portes de la Casbah d’Alger, loin de sa ville qu’il avait défendue jusqu’à l’épuisement.
Sur le plan artistique, le film réunit un casting impressionnant. Ahmed Tahar Zaoui incarne avec gravité le personnage principal, entouré de Rym Ghazali, Imen Noel, Djamel Aouane, Abdelbacet Benkhelifa et Khadidja Mezini. Une présence internationale attire également l’attention : Gérard Depardieu prête ses traits au Dey Hussein, reliant ainsi le destin d’Alger à celui de Constantine dans une même fresque de la défaite et de la résistance.
D’une durée de 124 minutes, Ahmed Bey offre bien plus qu’un divertissement. Il s’impose comme un devoir de mémoire, un hommage vibrant à un homme dont le courage a longtemps été relégué dans l’ombre des récits coloniaux. Le film dévoile des séquences méconnues de notre histoire, et par son ampleur, il participe à cette indispensable transmission : celle qui rappelle aux nouvelles générations que la souveraineté se conquiert par le sacrifice et la dignité.
Aujourd’hui, dans les salles obscures, les projecteurs s’allument sur un héros qui ne plia jamais. Ahmed Bey n’est pas seulement une œuvre cinématographique, c’est une traversée du temps, un acte de résistance par l’image, et un rendez-vous avec l’histoire que chaque Algérien se doit de vivre .
Amina. S