Le passage terrestre de Rafah, point de jonction méridional entre la bande de Ghaza assiégée et l’Égypte, a connu ce lundi un événement porteur d’un espoir prudent : sa réouverture partielle après plus d’une année et demie de fermeture quasi totale.
Cette décision, si elle reste expérimentale et limitée, représente une bouffée d’oxygène pour près de deux millions de Palestiniens confinés dans l’une des régions les plus densément peuplées et les plus affectées au monde.
Cette ouverture, même partielle, n’est pas qu’une simple formalité administrative. Elle est un rappel poignant du droit fondamental à la liberté de mouvement, un droit systématiquement bafoué par un blocus israélien inhumain et implacable imposé depuis plus de 16 ans. La bande de Ghaza, souvent décrite à juste titre comme la «plus grande prison à ciel ouvert du monde», voit ainsi l’une de ses rares issues vers l’extérieur s’entre-ouvrir.
Elle permet à des étudiants de rejoindre leurs universités, à des malades d’accéder à des soins vitaux indisponibles localement, à des familles déchirées de se retrouver, et à des professionnels de voyager.
L’Union Européenne en observation : Un rôle nécessaire mais qui doit aller plus loin
Shadi Othman, responsable de la communication au bureau de l’Union européenne à Jérusalem, a précisé que cette phase «expérimentale» vise à faciliter les déplacements des Palestiniens. Il a réaffirmé que l’objectif principal demeure «d’assurer l’ouverture du terminal dans les deux sens, permettant aux habitants de circuler de manière fluide». Cette ambition, si elle était pleinement réalisée, constituerait un changement majeur dans la vie quotidienne des Ghazaouis.
Toutefois, M. Othman a tenu à rappeler que le rôle de l’UE se limite, conformément à l’Accord de 2005, au «contrôle et à la supervision» pour garantir le respect des procédures. La présence européenne, notamment lors de la première trêve, avait déjà permis à certains Palestiniens de quitter l’enclave. Si cette mission de monitoring technique est importante, elle ne doit pas masquer l’urgence et la responsabilité morale plus large de la communauté internationale.
Une ouverture qui doit être pérenne, complète et sans entraves
Alors que nous saluons cette avancée, nous devons rester vigilants et exigeants. La réouverture «partielle» et «expérimentale» du passage de Rafah ne saurait être un succès en soi, mais doit être le premier pas irréversible vers une ouverture permanente et inconditionnelle du point de passage, mettant fin au chantage politique et sécuritaire qui pèse sur la vie des civils. Elle doit mener à la liberté de mouvement pour toutes et tous, sans restrictions arbitraires basées sur l’âge, le genre ou le profil, comme cela a trop souvent été le cas. Elle appelle impérativement à la levée intégrale du blocus illégal et étouffant qui étrangle Ghaza, viole le droit international et constitue une forme de châtiment collectif.
Enfin, elle exige une pression diplomatique accrue de l’Union européenne et de ses États membres pour obliger Israël, puissance occupante, à respecter ses obligations et à cesser son isolement de Ghaza. La réouverture du terminal de Rafah est un symbole. Elle rappelle que la dignité palestinienne et la résilience d’un peuple persistent, malgré les sièges, les guerres et les destructions. Elle met en lumière, par contraste, l’anormalité tragique d’une situation où un point de passage est célébré pour avoir simplement rouvert ses portes.
La communauté internationale, et en particulier l’Union européenne, ne peut se contenter d’un rôle de superviseur technique. Elle doit transformer cette lueur d’espoir en un engagement ferme et actif pour briser, une fois pour toutes, les chaînes du blocus de Ghaza.
La liberté de circulation n’est pas une faveur ; c’est un droit inaliénable. Aujourd’hui plus que jamais, il est impératif de travailler sans relâche pour que cette porte ne se referme plus, et que s’ouvre enfin une ère de liberté, de justice et de paix pour le peuple palestinien dans son intégralité.
Malik M.

