Un «Conseil de la Paix» divisé: La nouvelle initiative américaine face au scepticisme international

Lors du Forum économique mondial de Davos, le président américain Donald Trump a officiellement lancé son «Conseil de la Paix», une initiative qu’il présente comme une plateforme majeure pour résoudre les conflits mondiaux en coordination avec les Nations Unies.
Cependant, cette annonce s’est rapidement heurtée aux réalités géopolitiques, révélant fractures et réticences au sein de la communauté internationale. Lancé à partir d’un plan initial visant à mettre fin à la guerre à Ghaza, le Conseil voit ses missions élargies à la résolution d’autres conflits dans le monde.
Son mémorandum de fondation, signé par Trump, ambitionne d’en faire «l’une des instances les plus influentes jamais créées».
Le projet est étroitement associé à la «Vision pour une Ghaza nouvelle», détaillée par Jared Kushner, qui prévoit une transformation radicale du territoire via d’importants investissements et un développement économique en plusieurs phases, conditionné au préalable au désarmement du Hamas.

Adhésions et refus : une carte géopolitique fragmentée
L’accueil réservé à cette initiative dessine un paysage diplomatique contrasté. Parmi les signataires ou participants figuraient des pays comme Israël, l’Arabie Saoudite, les Émirats Arabes Unis, Bahreïn, le Maroc et la Serbie, reflétant un soutien principalement issu d’alliés traditionnels des États-Unis au Moyen-Orient et de certains partenaires stratégiques.
À l’inverse, plusieurs puissances ont décliné l’invitation, marquant une défiance claire. L’Espagne, par la voix de son Premier ministre Pedro Sánchez, a refusé de participer, invoquant son attachement au multilatéralisme onusien et critiquant l’absence de l’Autorité palestinienne dans le processus.
Le Canada a subi un refus retentissant de la part de Trump lui-même, qui a annulé son invitation après que le Premier ministre Mark Carney eut critiqué la doctrine «America First». Cet épisode a exacerbé les tensions déjà vives entre Washington et Ottawa.

Un symbole d’un ordre mondial en recomposition
Ces divisions dépassent le simple cadre de ce Conseil. Elles illustrent les tensions profondes qui traversent la scène internationale quant aux priorités et aux méthodes de gouvernance mondiale.
D’un côté, une initiative unilatérale américaine, s’appuyant sur un réseau d’alliés choisis et conditionnant l’aide au développement à des impératifs sécuritaires spécifiques. De l’autre, une fidélité affirmée par plusieurs pays au système multilatéral traditionnel incarné par l’ONU, perçu comme plus légitime et inclusif. Le lancement de ce «Conseil de la Paix» agit ainsi comme un révélateur des lignes de fracture d’un nouvel ordre mondial en gestation, où les logiques d’alliances bilatérales et de clubs restreints rivalisent avec les institutions établies, et où les initiatives de paix sont inextricablement liées à des visions stratégiques et économiques concurrentes. Son avenir dépendra de sa capacité à surmonter ce scepticisme initial et à élargir sa base de légitimité au-delà d’un cercle restreint de partisans .
Malik M.