Trafic d’armes: Un défi croissant pour la sécurité nationale

Le bilan opérationnel des forces de sécurité algériennes des trois dernières années révèle un enjeu majeur: le volume d’armes illicites interceptées demeure préoccupant, avec un total de 1 791 armes saisies entre 2023 et 2025. Ce chiffre, bien qu’en baisse récente, représente encore plus d’une arme saisie par jour en moyenne sur l’ensemble du territoire.
Un constat émerge avec clarté : depuis 2023, le nombre d’armes saisies dans le cadre de la lutte contre la criminalité organisée et le trafic transfrontalier dépasse systématiquement celui des armes récupérées dans les opérations antiterroristes.
En 2025, par exemple, environ 498 armes de trafic ont été saisies, contre 104 dans le cadre de la lutte antiterroriste – un rapport de un à quatre.
Cette tendance, observée également en 2024 (681 armes de trafic contre
97 liées au terrorisme) et en 2023 (612 contre 136), souligne une évolution stratégique des menaces.
Si le terrorisme reste une préoccupation opérationnelle, le trafic d’armes constitue désormais un front prioritaire en termes de volume et de risque diffus. La différence entre ces deux types de saisies est également qualitative.
Les armes interceptées dans le cadre de la lutte antiterroriste sont le plus souvent des armes de guerre – fusils d’assaut et matériel à caractère militaire.
À l’inverse, les armes saisies dans les filières de trafic sont majoritairement des armes individuelles : fusils de chasse, carabines et pistolets.
Ces dernières semblent destinées à alimenter un marché noir intérieur, visant des acteurs criminels ou des détenteurs illicites.

Géographie du trafic et efficacité des contrôles
La cartographie des saisies confirme la nature transfrontalière de cette menace. Environ 70% des armes
illicites sont interceptées dans les régions frontalières du Sud – notamment les wilayas de Bordj-Badji-Mokhtar, In Guezzam, Adrar, Tamanrasset, Illizi et Djanet –, points névralgiques des réseaux criminels organisés. Viennent ensuite les régions urbaines et côtières (Alger, Oran, Sétif, Batna, Annaba, Béjaïa), qui concentrent environ 25% des saisies, témoignant de la capillarité de ces réseaux jusqu’au cœur du pays.
Une tendance encourageante, mais une vigilance maintenue
Malgré l’ampleur du phénomène, les chiffres de 2025 montrent une baisse significative du nombre d’armes saisies par rapport aux années précédentes, signe tangible de l’efficacité renforcée des dispositifs de contrôle et d’interception déployés par l’Armée Nationale Populaire (ANP), la Gendarmerie nationale, la Police et les Douanes. Cette diminution ne saurait toutefois masquer la persistance du risque.
La vigilance reste de mise, d’autant que les opérations antiterroristes se poursuivent parallèlement, avec
leur lot de saisies d’armements spécifiques.
Les chiffres communiqués mettent en lumière la double menace à laquelle fait face l’Algérie : un terrorisme résiduel, ciblé et militarisé, et un trafic d’armes massif, diffus et alimenté par des réseaux criminels transnationaux. La réponse des forces de sécurité, et notamment de l’ANP, s’est adaptée à cette réalité. Le recentrage partiel des efforts vers la lutte contre le trafic d’armes, tout en maintenant la pression antiterroriste, démontre une stratégie de sécurité intégrée et réactive, essentielle pour préserver la stabilité et l’intégrité du territoire national.
R. M.