L’Empire démasqué: Analyse d’une domination qui refuse son crépuscule

Dans un ouvrage collectif percutant intitulé L’empire qui ne veut pas mourir, chercheurs et journalistes proposent une analyse sans concession de l’ordre mondial actuel. Leur thèse est radicale : l’ère postcoloniale n’aurait jamais été qu’une fiction commode. L’empire, loin d’avoir disparu, aurait simplement métamorphosé son apparence, troquant le casque colonial pour le costume du coopérant, mais poursuivant inlassablement ses objectifs immémoriaux : la domination, le contrôle et l’extraction des ressources.
Les auteurs démontrent avec rigueur la continuité historique entre la violence coloniale d’antan et les mécanismes contemporains de l’ingérence.
La force brute a cédé la place à des dispositions plus sophistiqués et présentables : la dépendance économique structurelle, l’hégémonie monétaire, le maillage mondial des bases militaires, l’arme des sanctions ciblées et le formatage idéologique des élites locales. Cet empire du XXIe siècle ne se nomme plus ; il s’habille des oripeaux de la «coopération internationale», de la «stabilité» et de la «lutte contre le terrorisme». Au cœur de ce système, l’entité israélienne est analysée comme un pilier géostratégique essentiel, un avant-poste protégé pour sa fonction et non pour ses valeurs affichées. Son impunité systématique n’est pas une défaillance, mais une caractéristique structurelle de l’ordre impérial.
L’ouvrage explore également la dimension idéologique de cette domination. La résistance des peuples y est systématiquement diabolisée, qualifiée d’irrationnelle ou de terroriste, tandis que les régimes les plus autoritaires trouvent grâce dès lors qu’ils servent les intérêts impériaux. Cette logique de délégitimation ne s’applique plus seulement au Sud global ; elle frappe désormais en Occident même, où la répression croissante de la solidarité avec la Palestine signale un inquiétant rétrécissement de l’espace démocratique.
Les auteurs concluent sur un diagnostic de crise profonde. L’empire, refusant d’entériner son propre déclin, s’engage dans une fuite en avant de plus en plus violente et désespérée.
La guerre à Ghaza, le déni des crimes, la chasse aux dissidents et l’étouffement des libertés ne sont pas des accidents, mais les symptômes convulsifs d’un système acculé.
L’empire qui ne veut pas mourir se présente ainsi autant comme une implacable radiographie historique que comme un avertissement politique urgent : cet ordre, au crépuscule de son hégémonie, pourrait préférer l’escalade destructrice à toute métamorphose.
A. S.