Réunis ce dimanche à Alger sous l’égide de l’Union africaine des télécommunications (UAT), les ministres du continent en charge des TIC, des télécommunications et de l’économie numérique ont adopté un document historique : la Déclaration d’Alger sur des «plateformes numériques équitables, sûres et responsables en Afrique». Fruit d’une réflexion collective et ambitieuse, ce texte marque un tournant stratégique. Il consacre la volonté du continent de cesser d’être un simple marché captif pour imposer, en acteur uni et souverain, les règles de son propre avenir numérique. Adoptée en marge de la 4e édition de la Conférence africaine des startups, cette déclaration est bien plus qu’un énoncé de principes. Elle constitue une feuille de route opérationnelle et un puissant levier d’influence.
Son objectif est clair : rééquilibrer fondamentalement la relation entre l’Afrique et les géants mondiaux du numérique.
Pour ce faire, elle introduit des mécanismes concrets articulés autour de plusieurs piliers fondamentaux.
Premier pilier : la justice économique et la négociation collective
Face à la domination des plateformes OTT (Over-The-Top), la Déclaration prône une approche continentale unifiée. Elle ouvre la voie à une négociation collective pour instaurer des obligations de contribution équitable.
Ces contributions, qui pourraient prendre la forme de taxes ou de redevances, devront être réinvesties localement dans le développement d’infrastructures critiques, la formation des talents africains et le financement de l’innovation locale.
Il s’agit de s’assurer que la valeur générée par les utilisateurs africains profite également à l’écosystème numérique du continent.
Deuxième pilier : la souveraineté absolue sur les données
Le texte est sans équivoque : «la donnée africaine doit demeurer en Afrique». Cet engagement se traduit par la promotion active de la localisation des données sur des infrastructures Cloud souveraines, hébergées physiquement sur le territoire africain.
Cette mesure vise à reprendre le contrôle d’un actif stratégique du XXIe siècle, à protéger la vie privée des citoyens, à renforcer la sécurité nationale et à créer une nouvelle filière économique autour de l’hébergement et de la gestion des données.
Troisième pilier : La protection de l’identité culturelle et sociétale
Consciente des risques d’uniformisation culturelle, la Déclaration engage les États à défendre activement la diversité des cultures, des langues et des valeurs africaines en ligne. Cela implique d’exiger des plateformes des mécanismes de modération de contenu adaptés et culturellement sensibles, capables de lutter contre la désinformation tout en préservant l’expression légitime et la richesse du patrimoine numérique africain.
Quatrième pilier : l’encadrement éthique et sécuritaire de l’intelligence artificielle
Dans un contexte d’expansion rapide de l’IA, le continent pose les bases d’un cadre strict pour
une «IA responsable».
Les engagements incluent l’exigence de transparence sur les modèles et les données d’entraînement, la mise en place de garde-fois algorithmiques pour lutter contre les biais et les manipulations, et le renforcement des capacités de cybersécurité pour prévenir le piratage des systèmes.
Cinquième pilier : le renforcement de la protection des citoyens
La Déclaration place les utilisateurs, en particulier les plus vulnérables (femmes, enfants, minorités), au cœur de ses préoccupations. Elle appelle à un renforcement significatif des mesures de protection en ligne contre les abus, le harcèlement, l’exploitation et les contenus préjudiciables.
Inspirée des cadres réglementaires les plus avancés, comme le «Digital Services Act» européen, la Déclaration d’Alger va cependant plus loin en intégrant les spécificités et les priorités du continent. Elle positionne résolument l’Afrique non plus comme suiveuse, mais comme co-auteur de la gouvernance numérique mondiale.
Fateh H.

